Thomas Rabino, Laure Moulin Résistante et sœur de Héros
Ce livre est une biographie de Laure Moulin et non une énième production sur son frère Jean.
La qualité de l’ouvrage ne peut que nous inciter à relire ou lire l’ouvrage précédent de Thomas Rabino sur Jean Moulin « L’autre Jean Moulin, l’homme derrière le héros » (ed Perrin 2013) et bien entendu à replonger dans le « Jean Moulin » de sa sœur Laure édité en 1969.
Dans ce dernier ouvrage très documenté de Thomas Rabino, après une première partie retraçant la jeunesse et la formation de Laure Moulin à partir d’un cadre familial porteur d’un idéal républicain à l’image de son père pour qui l’antisémitisme est à combattre avec force, on y découvre Laure comme confidente et « modèle » pour son frère… Elle cherche absolument à le maintenir dans le chemin tracé par sa famille.
Dans une seconde partie « Duo résistant » on la découvre proche du Résistant Jean Moulin, un peu agent de liaison, secrétaire et courrier pour son frère :
« J’ai servi de secrétaire et de courrier à mon frère Jean Moulin de novembre 1940 à juillet 1943 » a-t-elle écrit dans un formulaire de l’éducation nationale.
Pilier avant la guerre, Laure l’est encore plus aux yeux de Jean dans une époque où tous les repères ont volé en éclats, son travail est essentiel. Chaque séjour de Jean mêle repos et intense travail nocturne de déchiffrage des feuilles codées transmises par Montjaret qui reçoit des instructions de Londres grâce à sa valise radio.
Enquêtrice : Laure Moulin le devient après l’arrestation et la mort de son frère en juillet 1943. Tout en continuant ses activités professionnelles et la présence auprès de sa mère « Blanche » elle est envahit par l’idée que son frère puisse être encore vivant, puis elle reste envahie par son enquête en responsabilité en ce qui concerne l’arrestation de son frère.
Pour suivre ce chapitre il peut être intéressant de naviguer entre le texte de Thomas Rabino et l’ouvrage de Laure Moulin sur son frère.
C’est durant cette période qu’elle se rapproche et devient ami avec Antoinette Sachs l’amante de son frère, leur courrier est une vraie source d’informations. En janvier 1945 l’enquête l’amène à la vérité sur la date de la mort de son frère, puis ce sera les recherches pour acquérir les certitudes sur l’identification des cendres de son frère.
La justice injuste : les procès Hardy. Une période très difficile pour Laure qui découvre les guerres d’influence dues à la guerre froide qui s’installe et les difficultés pour faire avancer la découverte de la vérité. On y suit au jour le jour le déroulement trouble de certaines manœuvres pour protéger Hardy. Laure est de plus en plus fatiguée mais elle poursuit sa tache sans relâche.
Après un premier procès, Hardy est innocenté au bénéfice du doute. Il bénéficie au deuxième procès de la minorité de faveur et sauve sa tête. Laure a perdu la foi en la Justice de son pays, personne n’a été condamné pour la mort de son frère. Dans ses lettres à celles et ceux qui ont vécu l’affaire il ne sera plus question de ce drame ultime. C’est à elle seule qu’incombe la tâche d’honorer la mémoire de Jean Moulin grand héros de la Résistance, l’Histoire et la Mémoire ne pourront que lui rendre justice.
Gardienne de la Mémoire : C’est le dernier chapitre de cette biographie, et elle le sera jusqu’à son décès le 31 décembre 1974. Elle travaille à l’édition de « Premier combat », elle écrit « Jean Moulin (Presse de la cité), elle participe aux cérémonies du Panthéon, puis aux multiples cérémonies, inaugurations, congrès, colloques, elle écrit des articles pour la presse.
Les 37 monuments et stèles, les 119 plaques, les 300 établissements scolaires, les 978 rues – places – squares et ponts qui portent le nom de son frère sont aussi l’œuvre de Laure qui a parcouru tout le pays pour faire vivre la mémoire de son frère.
« Elle a vécu pour la mémoire de son frère » résume Georgette Escoiffier dans un témoignage du 15 mai 2018 à Aix en Provence.
Un livre à lire !!!