Histoires de guerre jurassienne

 Vous trouverez dans cette catégorie des fiches concernant des évènements, faits, lieux marquants de la seconde Guerre Mondiale et de la Résistance dans le Jura.

Tragédie des Rippes d'Alièze, 7 mars 1944

 Massacre aux Rippes d’Alièze, témoignage du maire d’Alièze de l’époque : « Le 7 mars 1944, quatre des résistants qui logent aux Rippes d’Alièze et leur chef sont arrêtés à Lons-le-Saunier par des Allemands et des miliciens qui leur ordonnent de les conduire à la ferme qui les abrite ainsi que leurs camarades. Le chef réussit à s’échapper. Espérant que leur chef pourra prévenir leurs camarades restés à Aliéze, les quatre maquisards indiquent aux Allemands un chemin long et détourné pour parvenir à Alièze. Mais le chef ne peut arriver avant les Allemands. A minuit le combat s’engage, les Allemands lancent des grenades par les fenêtres, une voisine est blessée. Les résistants ripostent avec leurs armes et le 8 mars 1944 au petit jour, les ennemis incendient la ferme. Les jeunes patriotes se réfugient dans la cave et continuent la lutte. A 8 heures, les Allemands vont chercher du renfort (2 camions, une soixantaine de soldats), le feu grandissait (activé par l’essence du maquis), les jeunes sont contraints de sortir de leur refuge. A 10 heures, après une longue nuit de lutte, ils sont tués : les 6 qui se trouvaient dans la ferme et les 4 qui ont été ramenés de Lons et qui ont assisté impuissants au combat. Non contents d’avoir fait mourir les braves, les Allemands entassent leur corps sur un tas de bois et les brûlent. Quelques os seulement sont retrouvés, il est impossible d’identifier les corps ».

 Le lendemain matin, le groupe franc « Chamouton » du secteur, découvre la tragédie. Il ramènera l’un des corps à l’église d’Orgelet où, bénéficiant de la complicité et de la compassion du vicaire Jean Besançon, sera rendu par la population un ultime hommage à ces martyrs. Ce vicaire très favorable à la Résistance sera plus tard déporté à Neuengamme. Il en est rentré. Les propriétaires de la ferme où étaient installés les maquisards, madame Angèle Vuillet et son fils Gilbert seront déportés, (rentrés).

 Quelques heures après l’assassinat, Madame Angèle Vuillet, propriétaire de la ferme des Rippes, accompagnée de son fils Gilbert, âgé de 17 ans vient constater l’ampleur du drame. Là, deux miliciens les obligent à remonter à leur domicile, la ferme isolée de La Corbière située dans la forêt de Présilly. Entre temps, sentant le danger, les hommes qui habitaient la Corbière s’étaient enfuis ; il s’agissait du fils aîné Vuillet, d’un ami italien qui se cachait là pour fuir le STO, et d’un soldat allemand déserteur. Les femmes restèrent avec les enfants ; on pouvait croire encore en cette année 1944 que seuls les hommes adultes risquaient l’arrestation. Angèle Vuillet et son fils furent embarqués à la gendarmerie de Lons le Saunier. De là ils partirent, lui pour le camp de Compiègne-Royallieu, elle pour le fort de Romainville. Après quelques semaines Gilbert fut déporté à Mauthausen. Angèle était dans le convoi parti de Paris le 18 avril 1944 et arriva à Ravensbrück le 22 avril. 416 femmes, dont 291 résistantes françaises faisaient partie de ce convoi ; elles furent installées dans les blocks 15, 26 et 31. Angèle portera le numéro 35487. Du même convoi, Jacqueline Péry raconte :
« La vie au 31 était un enfer. Nous étions 1600 pour un espace devant contenir normalement 425 lits en trois étages. C’était l’hiver. Beaucoup de femmes n’avaient pas de couverture et les fenêtres n’avaient pas de carreaux. Nous étions sans lumière. On partait le matin dans l’obscurité. Le soir au retour du travail, il faisait déjà nuit. Il fallait pour gagner son lit ou toucher un morceau de pain engager une bataille afin de se frayer un passage à travers une masse compacte qui ne pouvait ni avancer ni reculer, frappait, hurlait dans toutes les langues… Pour aller au lavabo, lorsqu’il y avait de l’eau, il fallait également percer la masse couverte de poux avant d’atteindre la vasque…» Au mois de mars 1945, un convoi de résistantes quitte Ravensbrück, Angèle Vuillet est de celles-là. On ignore leur sort. Ce fut Mauthausen. 

« Le beau Danube » :
« Le 21 avril 1945, raconte Marijo, une Aufseherin arrive en courant et crie : « Faites sortir toutes celles qui peuvent marcher. » En tremblant nous obéissons, pensant qu’il s’agit d’un transport noir, d’une sélection. J’aide une petite malade à marcher jusqu’aux barbelés, et là, nous voyons deux hommes, deux véritables êtres à expression humaine, portant un brassard blanc marqué d’une Croix-Rouge. Ils parlent en français : « Mesdames, vous allez être rapatriées par la Suisse, vous partez demain matin. » 22 avril – « Enfin, la porte du camp s’ouvre, des camions blancs, sous le signe de la Croix-Rouge, viennent jusqu’à nous et nous partons. Derrière nous, la lourde porte se replie, et doucement nous nous éloignons pour nous regrouper sur l’esplanade, devant le camp. Là, une infirmière suisse nous demande si nous sommes bien ; il y a si longtemps qu’on ne nous a parlé ainsi, avec une telle expression ! Nous sommes touchées aux larmes. Enfin, nous partons. Le camp s’éloigne et je reste les yeux vides, muette, frappée de stupeur. Le soir, nous coucherons dans une grange, au milieu du foin qui sent bon. Nous nous réveillerons libres, sans savoir encore en être heureuses. Notre convoi est escorté d’Allemands. C’est toujours la guerre. Nous roulons à travers l’Autriche, très belle, merveilleuse pour nous. Mais je ne réalise pas bien, sauf peut-être un après-midi : nous étions arrêtées près d’un petit torrent ; j’ai été toucher l’eau. Au-dessus de moi des arbres fleurissaient, tout blancs ; plus haut, la terre qui sentait bon au soleil ; plus haut un peu, la neige. Alors, un peu de vie s’est glissée en moi. »
Angèle Vuillet rentre à Alièze, épuisée et malade ; elle s’éteindra en 1949 à l’âge de 53 ans. Nombreuses furent ces femmes discrètes qui dans l’ombre des maquisards eurent des gestes héroïques. En témoigne Germaine Tillion : « Je me souviens aussi de ces deux femmes de la même famille, des paysannes quasi illettrées, qui avaient nourri des maquisards du Vercors. Tous les hommes de la ferme avaient été fusillés, la ferme brûlée. Toutes ces femmes sont mortes à Ravensbrück. Il ne reste plus personne, plus rien, aucun témoin. Qui va parler de ces gens-là ? Moi-même je ne sais pas leur nom, je ne pouvais pas retenir les noms de toutes les camarades qui étaient là, il y a eu 123 000 détenues à Ravensbrück ! »

 Quand au petit matin du 8 mars 44, Madame Angèle Vuillet vient constater le drame de la ferme des Rippes, elle est accompagnée de son  fils Gilbert qui approche de ses 18 ans. C’est là que les miliciens les interceptent, les ramènent à la ferme de la Corbière où ils vivent et les arrêtent ; ils seront donc interrogés et enfermés à la prison de Lons le Saunier. On sait que Madame Vuillet sera déportée à Ravensbrück, puis à Mauthausen d’où elle sera libérée par la  fils Gilbert qui approche de ses 18 ans. C’est là que les miliciens les interceptent, les ramènent à la ferme de la Corbière où ils vivent et les arrêtent ; ils seront donc interrogés et enfermés à la prison de Lons le Saunier. On sait que Madame Vuillet sera déportée à Ravensbrück, puis à Mauthausen d’où elle sera libérée par la  Deux cent mille déportés passèrent ainsi par Mauthausen parmi lesquels cent vingt mille y laissèrent leur vie.
CCoommmmee pplluuss ddee llaa mmooiittiiéé ddeess ddééppoorrttééss ddee ccee ttrraannssppoorrtt dduu 66 aavvrriill GGiillbbeerrtt eesstt ttrraannssfféérréé aauu KKoommmmaannddoo ddee MMeellkk, le 24 avril 1944. La petite ville de Melk, dans une boucle du Danube, est dominée par l’une des plus resplendissantes abbayes baroques… C’est pour des motifs géologiques et stratégiques que Melk fut choisie. L’objectif industriel était la construction d’une usine souterraine de roulements à billes. En un an, quatorze mille quatre cents détenus furent affectés à Melk. Monsieur Vinurel dans « Rive de cendre » nous raconte : C’était un va-et-vient continuel de groupes de déportés à travers le village, à différentes heures du jour, été comme hiver, par tous les temps ; les habitants ne pouvaient pas éviter ces milliers d’hommes se traînant, épuisés, hagards, l’un soutenant l’autre, au rythme des coups assénés par les kapos et les gardes.
Chaque semaine, arrivèrent des détenus de toute l’Europe (Allemands, Autrichiens, Espagnols, Polonais, Grecs, Roumains, Italiens, Yougoslaves, Russes,…)
Le camp de Melk ne fut pas libéré, mais évacué à l’approche de l’armée soviétique. Le 15 avril, les détenus « valides » furent acheminés, soit par camion, soit en wagons à bestiaux, jusqu’à Ebensee. Ebensee est nichée au bord du lac Traunsee, dans un écrin de montagnes, à 100km de Mauthausen. Le camp c’est « Un terrain boisé sur lequel on a disposé les baraques de manière à couper le moins d’arbres possible, de sorte que les habitants des environs ne voyaient pas ce qui s’y passait... je cite ici Florian Freund. Les détenus sont affectés au percement de tunnels : un immense espace qui s’agrandit chaque jour un peu plus. Là-dessus, des voies ferrées, des trains de wagonnets, des automotrices, des tuyaux, des câbles électriques, des projecteurs. Au milieu des amas de ferraille et de matériaux de toutes sortes, des hommes qui se déplacent, ployés sous le fardeau : dix hommes pour porter un rail, huit hommes pour porter un poteau. La ronde ne s’arrête jamais… Une fourmilière géante. Cette description nous la devons à Mr Laffitte dans Ceux qui vivent. Le camp ne sera libéré que le 5 mai à 14h avec l’arrivée des premiers blindés américains. Du convoi parti le 6 avril 1944 de Compiègne :763 sont décédés ou disparus 13 mois plus tard, soit plus de la moitié. Rappelons qu’ils étaient 1 489 hommes au départ. C’était il y a 70 ans, Gilbert n’a rien oublié, les bourreaux de Mauthausen continuent à hanter toujours ses nuits. »

 Les opérations de parachutages et d’atterrissages

(En cours de construction) 

Les opérations de parachutages et d’atterrissages sont essentielles aux Mouvements de Résistance et aux maquis. Elles leur permettent de se développer en assurant le transit des hommes, des matériels, des fonds et des courriers. Avions et équipages sont fournis par la Royal Air Force. Les missions sont toujours programmées de nuit, entre le premier et le dernier quartier de lune, pour profiter de conditions favorables d’éclairement, ce qui ne laisse en pratique qu’une marge d’une quinzaine de jours par mois pour opérer. Le terrain Orion est l’un des nombreux terrains utilisés, il a bénéficié de 4 atterrissages clandestins entre mai 1943 et février 1944 :

  • 19-20 mai 1943 : Avion Hudson - Agent responsable au sol Bruno Larat - Chef de bord Hugh Verity - A l’arrivée : Daniel Mayer et 24 colis - Au départ : 8, Valentin Abeille, Couty, Benazet, Roger et madame Donadieu, Francis Closon, Lassalle et Roger Lardy.
  • 14-15 septembre 1943 : Avion Hudson - Agent responsable Paul Rivière - Chef de bord commandant Hodges - A l’arrivée : Emile Laffon, Major « Vic » (Anglais), Louis Mangin, Cambas, Bourges-Maunoury, Gaillard, Leisten Schneider, et Camille Rayon - Au départ : Jarrot « Mary », Basset, Marcel Reveilloux, et un autre maquisard. Attendu 10 minutes pour d’autres passagers qui ont manqué le départ, un petit incendie à bord a été éteint par l’équipage, 55 ans plus tard le pilote Sir Hodges a inauguré un grand monument à Bletterans à la mémoire de ces opérations pikup.
  • 18-19 octobre 1943 : 2 avions Hudson - Agent responsable au sol Paul Rivière et Jannik - Chefs de bord commandant Hodges et Affleck - A l’arrivée : 4 personnes Jean Rosenthal, Richard Heslop, Elisabeth Reynolds, capitaine Denis Johnson (USA) - Au départ : 18 dont Emmanuel d’Astier, Vincent Auriol, Albert Gazier, Brunschwig, sénateur Roger Fargeon, Lecomte-Boinet, etc.
  • 8-9 février 1944 : Avion Hudson - Agent au sol Paul Rivière - Chef de bord John Affleck - Nom de code de l’opération « bludgeon » (second essai) - A l’arrivée 7, dont Pierre Fourcaud, Jacques Lecomte-Boinet, etc… - Au départ : 4, John Brough aviateur anglais, Lucie et Raymond Aubrac et leur jeune fils Jean-Pierre.

 

 

 Citation de la commune de Cosges :
« Mettant le terrain Orion à la disposition de l’aviation clandestine, a été un centre particulièrement actif de Résistance. A reçu une grande partie du matériel (armes, munitions, vivres et vêtements) destiné aux divers groupements de Résistance, notamment de la région du Haut-Jura. A vu s’embarquer, à destination de l’Angleterre, monsieur Vincent Auriol, actuellement président de la République française. A abrité un groupe de 25 maquisards et un groupe de l’A.S. Sa population grâce à son unité d’action, sa discipline et sa discrétion a pu oeuvrer de façon continue sans s’attirer de représailles. Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre avec étoile de bronze. »

 

 

 Bibliographie :
« Nous atterrissions de nuit… » Hugh Verity, éditions Vario,
« Ils partiront dans l’ivresse » Lucie Aubrac, éditions le seuil
« Où la mémoire s’attarde » Raymond Aubrac, éditions Odile Jacob
« Jura 1940-1944 Territoires de Résistance » André Robert, éditions du belvédère

La commune de Ravilloles par Robert Lançon

Après la capitulation de nos troupes face au Reich hitlérien en juin 1940, les nazis développent en France une communication visuelle systématique, qui
ne cesse d’étonner par sa démesure.


L’État français met en place un puissant secrétariat à l’information, le premier du genre, dont l’objectif initial est de substituer l’image du nouveau régime, à celui de la République. La figure emblématique de Pétain avec tous les attributs du Maréchal : étoiles, bâton et feuilles de chêne, remplacent le symbole républicain, et la francisque réapparait sous un jour nouveau. La troisième République est remplacée par la dictature de « l’État Français », avec sa nouvelle devise ; le territoire est morcelé par les terribles conditions de l’armistice ; les denrées alimentaires sont rationnées ; c’est pourquoi « l’État Français » est contraint à une grande réforme de ses imprimés à tous les niveaux,  malgré tout, restée inachevée. La seule identité visuelle fut celle de la SNCF, à partir de 1943. C’est à compter de cette date que les français bénéficient de papiers homogènes
sur l’ensemble du réseau ferroviaire, dans l’intérêt également du Reich hitlérien, alors que la Déportation redouble d’activité et que débute aussi la bataille du rail.


D’impressionnantes campagnes d’affiches, une diffusion massive d’imprimés, rappellent à tous propos la devise de cette « révolution nationale » : « Travail – Famille – Patrie ». Cette publicité et ces affiches demeurent l’élément essentiel du langage de Vichy ; sa diffusion est totalement aux mains de l’occupant nazi dans la zone nord, puis elle s’étendra à l’ensemble de la France en 1942. La répression à l’égard de la Résistance fera l’objet de communiqués, d’avertissements fréquents, de prises d’otages et de récompenses à la délation.


La presse clandestine de la Résistance intérieure s’affirme par une présence qui ne se démentira pas, au fil des semaines, en assurant des informations fiables. Reproduite au début sous forme de feuilles ronéotypées, elle bénéficiera bientôt de l’ingéniosité des imprimeurs résistants. Dès mars 1943, de concert avec l’occupant, Vichy impose le S.T.O
(Service du Travail Obligatoire) vers l’Allemagne. Avec les restrictions et les cartes d’alimentation, la Résistance s’amplifie et déjà beaucoup d’appelés prennent le maquis. La Croix de Lorraine reparaît en tant qu’emblème national, défiant ainsi la francisque de Pétain.


Le Haut-Jura se prête à cette résistance organisée par des groupements divers de réfractaires. Elle prendra de l’importance sous l’égide du Comité National de la Résistance fondé le 27 mai 1943, avec Jean Moulin à sa tête. Avec la complicité des miliciens et de leurs collaborateurs, le Reich hitlérien accentue la répression contre toutes les personnes qui apportent leur aide aux maquisards. Le Haut-Jura a payé son tribut fort cher face à l’ennemi. Nombreux ont été fusillés, torturés, voire déportés en grand nombre, comme à Saint Claude le 9 avril 1944, mais aussi dans la région du Grandvaux. Certains Conseils Municipaux, en contradiction avec la politique de Pétain, ont été dissous et remplacés par une délégation à l’image du  dictateur, comme dans la commune de Ravilloles le 1er février 1941, ainsi que dans la ville de Saint Claude. En raison de ces circonstances, la commune de Ravilloles, à l’image de beaucoup d’autres, est entrée dans le camp des opposants. D’ailleurs le poste de Commandement Départemental de la Résistance y a siégé un certain temps.

Nos Maires, déchus par le régime en place, tels Luc Delatour et Maurice Regad-Pellagu, ont hébergé clandestinement ce commandement. Il faut rappeler que dès les premiers appels au STO, le maquis s’est constitué à la Montagne, lieudit « Au Poisiat » et à la grange Michaud. Il s’agissait en fait de fermes isolées et inhabitées où s’était installée l’école des cadres du service Périclès sous la direction d’officiers de l’armée de l’air comme Vauchy alias Yanne et Alibert (Ransac), pseudonymes qui avaient toute leur importance à cette époque fortement troublée. Cette école a fonctionné de novembre 1943 à janvier 1944.

En avril 1944, la division de la Wehrmacht qui occupait la ville de Saint Claude (d’où ont été déportés plus de trois cents habitants) ratissait les villages et les fermes aux alentours. Le 14 avril, avant de pénétrer dans le village de Ravilloles, les allemands brulèrent durant leur parcours, la succursale de la Fraternelle de Saint Lupicin ainsi que la maison de notre ami René Regad. Leur arrivée dans notre village fut terrible, ce fut d’abord l’incendie des habitations des frères Patillon dans lesquelles logeaient un nommé Villemin, garde forestier et résistant. Une prise d’otage s’ensuivit avec Paul Patillon et ses deux filles, Raymonde et Simone, Gabriel Boisson et Raymond Bourgeat à son domicile alors que sa mère suppliait l’officier allemand de lui laisser, ayant déjà deux fils prisonniers. Seules les deux filles sont revenues des camps de la mort.

Avec leurs otages, ils prirent la direction de la Montagne et incendièrent la ferme des frères Dalloz, Léon et Marcel, sans épargner leurs brutalités sur Léon alors qu’il était paralysé dans un fauteuil. La seule raison était que la maison possédait un téléphone susceptible de renseigner le maquis. Ils poursuivirent leur avancée en direction des fermes qui ne tardèrent pas à être à leur tour la proie des flammes.

Il s’est avéré que tous ces actes de barbarie étaient guidés par le célèbre Klaus Barbie, accompagné par un citoyen du village, Max Delatour, en tenue de waffen SS, qui avait quitté le pays pour se mettre au service de la kommandantur de Lyon. Après la guerre, il sera jugé, condamné à mort et fusillé à Lyon. Si précédemment, nous avons cité des noms de personnes qui ne sont jamais revenues, il y a lieu de signaler qu’avant la débâcle de juin 1940, Denis Bourgeat a trouvé la mort sur le front du nord, alors que Félix Joz, mourra sous un bombardement. A signaler aussi que quinze des mobilisés ont été éloignés de leurs foyers durant 5 années pour la plupart.

Après la guerre, la commune de Ravilloles a été décorée de la Croix de Guerre avec Palme par le Président Vincent Auriol le 5 novembre 1950 à Lons le Saunier.

 

La borne au Lion

 Un coin de Montagne, Un lieu d’histoire

1944, un refuge pour les résistants: les combattants volontaires des maquis de l'Ain et du Haut-Jura, venus de différentes régions de France et de nombreux pays d'Europe, occupèrent ces montagnes.

Début juillet 44, les troupes de l'Allemagne nazie (armée Vlassov) sèment la terreur sur les routes stratégiques entre l'ouest de l'Ain et la frontière Suisse (opération Treffenfeld). Ils espèrent "casser" les maquis mais ne poursuivront pas leur mission jusque dans cette montagne boisée et isolée.

Dès le début de l'offensive, les maquisards avaient compris que cette attaque serait encore plus massive que celle d'avril. Ils livrent alors de durs combats de harcèlement dans le secteur d'Oyonnax (Thoirette, Chancia, Dortan, Lavancia et Labalme sur Cerdon).

A partir du 12 juillet 44, les unités du groupement nord et des unités du groupement Maurac se retirent et s'établissent dans des chalets ou des granges  dispersées dans les combes entre le Crêt de Chalam et Lajoux (le PC du groupement nord est au Berbois ). Elles passent plus d'un mois dans le secteur, non loin du PC départemental de "Romans-Petit", chef des maquis de l'Ain et du Haut-Jura replié à Giron.

Aidés par la population, ils reconstituent leurs forces, réceptionnent les parachutages et lancent de nouveau des opérations de harcèlement.

Instruit de la violence des combats de février et avril 44, le colonel Romans-Petit, demande à Londres l'envoi d'un chirurgien: Geoffrey Parker (Parsifal) choisi pour ses qualités de combattant et de chirurgien sera parachuté le 6 juillet.

Les chirurgiens Parsifal et Guillet, les médecins Bastian et Noël ainsi que les infirmières Paulette Mercier et Germaine Bernardi, soignent et opèrent dans un hôpital de campagne.

Une ferme délabrée où la paille fait office de lits, avec des médicaments fournis par les pharmaciens des environs, ou parachutés. L'équipe sauve de nombreuses vies.

A la libération du territoire, la plupart des maquisards s'engagent dans l'armée de libération pour la durée de la guerre.

Ils pourront plus tard rejoindre leur famille et reconstruire leur vie d'homme libre.

Traits separation grisLe Crêt de Chalam et la Borne au Lion sont aujourd'hui l'un des lieux de mémoire emblématiques de la Résistance. Grâce au colonel Romans-Petit, beaucoup d'entre eux restèrent en contact, prenant coutume de se rassembler chaque année, un dimanche de juillet, sur le site de la Borne au Lion "leur" haut lieu de résistance.

En 1965, Robert Dubuisson (Legrand), alors président du "groupement des maquisards résistants", y édifia une petite stèle en leur mémoire. Ce fut ensuite la création du jardin de flore de montagne grâce au travail de Georges Lévrier (Jozio).