Histoires de guerre jurassienne

 Vous trouverez dans cette catégorie des fiches concernant des évènements, faits, lieux marquants de la seconde Guerre Mondiale et de la Résistance dans le Jura.

Tragédie des Rippes d'Alièze, 7 mars 1944

 Massacre aux Rippes d’Alièze, témoignage du maire d’Alièze de l’époque : « Le 7 mars 1944, quatre des résistants qui logent aux Rippes d’Alièze et leur chef sont arrêtés à Lons-le-Saunier par des Allemands et des miliciens qui leur ordonnent de les conduire à la ferme qui les abrite ainsi que leurs camarades. Le chef réussit à s’échapper. Espérant que leur chef pourra prévenir leurs camarades restés à Aliéze, les quatre maquisards indiquent aux Allemands un chemin long et détourné pour parvenir à Alièze. Mais le chef ne peut arriver avant les Allemands. A minuit le combat s’engage, les Allemands lancent des grenades par les fenêtres, une voisine est blessée. Les résistants ripostent avec leurs armes et le 8 mars 1944 au petit jour, les ennemis incendient la ferme. Les jeunes patriotes se réfugient dans la cave et continuent la lutte. A 8 heures, les Allemands vont chercher du renfort (2 camions, une soixantaine de soldats), le feu grandissait (activé par l’essence du maquis), les jeunes sont contraints de sortir de leur refuge. A 10 heures, après une longue nuit de lutte, ils sont tués : les 6 qui se trouvaient dans la ferme et les 4 qui ont été ramenés de Lons et qui ont assisté impuissants au combat. Non contents d’avoir fait mourir les braves, les Allemands entassent leur corps sur un tas de bois et les brûlent. Quelques os seulement sont retrouvés, il est impossible d’identifier les corps ».

 Le lendemain matin, le groupe franc « Chamouton » du secteur, découvre la tragédie. Il ramènera l’un des corps à l’église d’Orgelet où, bénéficiant de la complicité et de la compassion du vicaire Jean Besançon, sera rendu par la population un ultime hommage à ces martyrs. Ce vicaire très favorable à la Résistance sera plus tard déporté à Neuengamme. Il en est rentré. Les propriétaires de la ferme où étaient installés les maquisards, madame Angèle Vuillet et son fils Gilbert seront déportés, (rentrés).

 Quelques heures après l’assassinat, Madame Angèle Vuillet, propriétaire de la ferme des Rippes, accompagnée de son fils Gilbert, âgé de 17 ans vient constater l’ampleur du drame. Là, deux miliciens les obligent à remonter à leur domicile, la ferme isolée de La Corbière située dans la forêt de Présilly. Entre temps, sentant le danger, les hommes qui habitaient la Corbière s’étaient enfuis ; il s’agissait du fils aîné Vuillet, d’un ami italien qui se cachait là pour fuir le STO, et d’un soldat allemand déserteur. Les femmes restèrent avec les enfants ; on pouvait croire encore en cette année 1944 que seuls les hommes adultes risquaient l’arrestation. Angèle Vuillet et son fils furent embarqués à la gendarmerie de Lons le Saunier. De là ils partirent, lui pour le camp de Compiègne-Royallieu, elle pour le fort de Romainville. Après quelques semaines Gilbert fut déporté à Mauthausen. Angèle était dans le convoi parti de Paris le 18 avril 1944 et arriva à Ravensbrück le 22 avril. 416 femmes, dont 291 résistantes françaises faisaient partie de ce convoi ; elles furent installées dans les blocks 15, 26 et 31. Angèle portera le numéro 35487. Du même convoi, Jacqueline Péry raconte :
« La vie au 31 était un enfer. Nous étions 1600 pour un espace devant contenir normalement 425 lits en trois étages. C’était l’hiver. Beaucoup de femmes n’avaient pas de couverture et les fenêtres n’avaient pas de carreaux. Nous étions sans lumière. On partait le matin dans l’obscurité. Le soir au retour du travail, il faisait déjà nuit. Il fallait pour gagner son lit ou toucher un morceau de pain engager une bataille afin de se frayer un passage à travers une masse compacte qui ne pouvait ni avancer ni reculer, frappait, hurlait dans toutes les langues… Pour aller au lavabo, lorsqu’il y avait de l’eau, il fallait également percer la masse couverte de poux avant d’atteindre la vasque…» Au mois de mars 1945, un convoi de résistantes quitte Ravensbrück, Angèle Vuillet est de celles-là. On ignore leur sort. Ce fut Mauthausen. 

« Le beau Danube » :
« Le 21 avril 1945, raconte Marijo, une Aufseherin arrive en courant et crie : « Faites sortir toutes celles qui peuvent marcher. » En tremblant nous obéissons, pensant qu’il s’agit d’un transport noir, d’une sélection. J’aide une petite malade à marcher jusqu’aux barbelés, et là, nous voyons deux hommes, deux véritables êtres à expression humaine, portant un brassard blanc marqué d’une Croix-Rouge. Ils parlent en français : « Mesdames, vous allez être rapatriées par la Suisse, vous partez demain matin. » 22 avril – « Enfin, la porte du camp s’ouvre, des camions blancs, sous le signe de la Croix-Rouge, viennent jusqu’à nous et nous partons. Derrière nous, la lourde porte se replie, et doucement nous nous éloignons pour nous regrouper sur l’esplanade, devant le camp. Là, une infirmière suisse nous demande si nous sommes bien ; il y a si longtemps qu’on ne nous a parlé ainsi, avec une telle expression ! Nous sommes touchées aux larmes. Enfin, nous partons. Le camp s’éloigne et je reste les yeux vides, muette, frappée de stupeur. Le soir, nous coucherons dans une grange, au milieu du foin qui sent bon. Nous nous réveillerons libres, sans savoir encore en être heureuses. Notre convoi est escorté d’Allemands. C’est toujours la guerre. Nous roulons à travers l’Autriche, très belle, merveilleuse pour nous. Mais je ne réalise pas bien, sauf peut-être un après-midi : nous étions arrêtées près d’un petit torrent ; j’ai été toucher l’eau. Au-dessus de moi des arbres fleurissaient, tout blancs ; plus haut, la terre qui sentait bon au soleil ; plus haut un peu, la neige. Alors, un peu de vie s’est glissée en moi. »
Angèle Vuillet rentre à Alièze, épuisée et malade ; elle s’éteindra en 1949 à l’âge de 53 ans. Nombreuses furent ces femmes discrètes qui dans l’ombre des maquisards eurent des gestes héroïques. En témoigne Germaine Tillion : « Je me souviens aussi de ces deux femmes de la même famille, des paysannes quasi illettrées, qui avaient nourri des maquisards du Vercors. Tous les hommes de la ferme avaient été fusillés, la ferme brûlée. Toutes ces femmes sont mortes à Ravensbrück. Il ne reste plus personne, plus rien, aucun témoin. Qui va parler de ces gens-là ? Moi-même je ne sais pas leur nom, je ne pouvais pas retenir les noms de toutes les camarades qui étaient là, il y a eu 123 000 détenues à Ravensbrück ! »

 Quand au petit matin du 8 mars 44, Madame Angèle Vuillet vient constater le drame de la ferme des Rippes, elle est accompagnée de son  fils Gilbert qui approche de ses 18 ans. C’est là que les miliciens les interceptent, les ramènent à la ferme de la Corbière où ils vivent et les arrêtent ; ils seront donc interrogés et enfermés à la prison de Lons le Saunier. On sait que Madame Vuillet sera déportée à Ravensbrück, puis à Mauthausen d’où elle sera libérée par la  fils Gilbert qui approche de ses 18 ans. C’est là que les miliciens les interceptent, les ramènent à la ferme de la Corbière où ils vivent et les arrêtent ; ils seront donc interrogés et enfermés à la prison de Lons le Saunier. On sait que Madame Vuillet sera déportée à Ravensbrück, puis à Mauthausen d’où elle sera libérée par la  Deux cent mille déportés passèrent ainsi par Mauthausen parmi lesquels cent vingt mille y laissèrent leur vie.
CCoommmmee pplluuss ddee llaa mmooiittiiéé ddeess ddééppoorrttééss ddee ccee ttrraannssppoorrtt dduu 66 aavvrriill GGiillbbeerrtt eesstt ttrraannssfféérréé aauu KKoommmmaannddoo ddee MMeellkk, le 24 avril 1944. La petite ville de Melk, dans une boucle du Danube, est dominée par l’une des plus resplendissantes abbayes baroques… C’est pour des motifs géologiques et stratégiques que Melk fut choisie. L’objectif industriel était la construction d’une usine souterraine de roulements à billes. En un an, quatorze mille quatre cents détenus furent affectés à Melk. Monsieur Vinurel dans « Rive de cendre » nous raconte : C’était un va-et-vient continuel de groupes de déportés à travers le village, à différentes heures du jour, été comme hiver, par tous les temps ; les habitants ne pouvaient pas éviter ces milliers d’hommes se traînant, épuisés, hagards, l’un soutenant l’autre, au rythme des coups assénés par les kapos et les gardes.
Chaque semaine, arrivèrent des détenus de toute l’Europe (Allemands, Autrichiens, Espagnols, Polonais, Grecs, Roumains, Italiens, Yougoslaves, Russes,…)
Le camp de Melk ne fut pas libéré, mais évacué à l’approche de l’armée soviétique. Le 15 avril, les détenus « valides » furent acheminés, soit par camion, soit en wagons à bestiaux, jusqu’à Ebensee. Ebensee est nichée au bord du lac Traunsee, dans un écrin de montagnes, à 100km de Mauthausen. Le camp c’est « Un terrain boisé sur lequel on a disposé les baraques de manière à couper le moins d’arbres possible, de sorte que les habitants des environs ne voyaient pas ce qui s’y passait... je cite ici Florian Freund. Les détenus sont affectés au percement de tunnels : un immense espace qui s’agrandit chaque jour un peu plus. Là-dessus, des voies ferrées, des trains de wagonnets, des automotrices, des tuyaux, des câbles électriques, des projecteurs. Au milieu des amas de ferraille et de matériaux de toutes sortes, des hommes qui se déplacent, ployés sous le fardeau : dix hommes pour porter un rail, huit hommes pour porter un poteau. La ronde ne s’arrête jamais… Une fourmilière géante. Cette description nous la devons à Mr Laffitte dans Ceux qui vivent. Le camp ne sera libéré que le 5 mai à 14h avec l’arrivée des premiers blindés américains. Du convoi parti le 6 avril 1944 de Compiègne :763 sont décédés ou disparus 13 mois plus tard, soit plus de la moitié. Rappelons qu’ils étaient 1 489 hommes au départ. C’était il y a 70 ans, Gilbert n’a rien oublié, les bourreaux de Mauthausen continuent à hanter toujours ses nuits. »

 Les opérations de parachutages et d’atterrissages

(En cours de construction) 

Les opérations de parachutages et d’atterrissages sont essentielles aux Mouvements de Résistance et aux maquis. Elles leur permettent de se développer en assurant le transit des hommes, des matériels, des fonds et des courriers. Avions et équipages sont fournis par la Royal Air Force. Les missions sont toujours programmées de nuit, entre le premier et le dernier quartier de lune, pour profiter de conditions favorables d’éclairement, ce qui ne laisse en pratique qu’une marge d’une quinzaine de jours par mois pour opérer. Le terrain Orion est l’un des nombreux terrains utilisés, il a bénéficié de 4 atterrissages clandestins entre mai 1943 et février 1944 :

  • 19-20 mai 1943 : Avion Hudson - Agent responsable au sol Bruno Larat - Chef de bord Hugh Verity - A l’arrivée : Daniel Mayer et 24 colis - Au départ : 8, Valentin Abeille, Couty, Benazet, Roger et madame Donadieu, Francis Closon, Lassalle et Roger Lardy.
  • 14-15 septembre 1943 : Avion Hudson - Agent responsable Paul Rivière - Chef de bord commandant Hodges - A l’arrivée : Emile Laffon, Major « Vic » (Anglais), Louis Mangin, Cambas, Bourges-Maunoury, Gaillard, Leisten Schneider, et Camille Rayon - Au départ : Jarrot « Mary », Basset, Marcel Reveilloux, et un autre maquisard. Attendu 10 minutes pour d’autres passagers qui ont manqué le départ, un petit incendie à bord a été éteint par l’équipage, 55 ans plus tard le pilote Sir Hodges a inauguré un grand monument à Bletterans à la mémoire de ces opérations pikup.
  • 18-19 octobre 1943 : 2 avions Hudson - Agent responsable au sol Paul Rivière et Jannik - Chefs de bord commandant Hodges et Affleck - A l’arrivée : 4 personnes Jean Rosenthal, Richard Heslop, Elisabeth Reynolds, capitaine Denis Johnson (USA) - Au départ : 18 dont Emmanuel d’Astier, Vincent Auriol, Albert Gazier, Brunschwig, sénateur Roger Fargeon, Lecomte-Boinet, etc.
  • 8-9 février 1944 : Avion Hudson - Agent au sol Paul Rivière - Chef de bord John Affleck - Nom de code de l’opération « bludgeon » (second essai) - A l’arrivée 7, dont Pierre Fourcaud, Jacques Lecomte-Boinet, etc… - Au départ : 4, John Brough aviateur anglais, Lucie et Raymond Aubrac et leur jeune fils Jean-Pierre.

 

 

 Citation de la commune de Cosges :
« Mettant le terrain Orion à la disposition de l’aviation clandestine, a été un centre particulièrement actif de Résistance. A reçu une grande partie du matériel (armes, munitions, vivres et vêtements) destiné aux divers groupements de Résistance, notamment de la région du Haut-Jura. A vu s’embarquer, à destination de l’Angleterre, monsieur Vincent Auriol, actuellement président de la République française. A abrité un groupe de 25 maquisards et un groupe de l’A.S. Sa population grâce à son unité d’action, sa discipline et sa discrétion a pu oeuvrer de façon continue sans s’attirer de représailles. Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre avec étoile de bronze. »

 

 

 Bibliographie :
« Nous atterrissions de nuit… » Hugh Verity, éditions Vario,
« Ils partiront dans l’ivresse » Lucie Aubrac, éditions le seuil
« Où la mémoire s’attarde » Raymond Aubrac, éditions Odile Jacob
« Jura 1940-1944 Territoires de Résistance » André Robert, éditions du belvédère

La commune de Ravilloles par Robert Lançon

Après la capitulation de nos troupes face au Reich hitlérien en juin 1940, les nazis développent en France une communication visuelle systématique, qui
ne cesse d’étonner par sa démesure.


L’État français met en place un puissant secrétariat à l’information, le premier du genre, dont l’objectif initial est de substituer l’image du nouveau régime, à celui de la République. La figure emblématique de Pétain avec tous les attributs du Maréchal : étoiles, bâton et feuilles de chêne, remplacent le symbole républicain, et la francisque réapparait sous un jour nouveau. La troisième République est remplacée par la dictature de « l’État Français », avec sa nouvelle devise ; le territoire est morcelé par les terribles conditions de l’armistice ; les denrées alimentaires sont rationnées ; c’est pourquoi « l’État Français » est contraint à une grande réforme de ses imprimés à tous les niveaux,  malgré tout, restée inachevée. La seule identité visuelle fut celle de la SNCF, à partir de 1943. C’est à compter de cette date que les français bénéficient de papiers homogènes
sur l’ensemble du réseau ferroviaire, dans l’intérêt également du Reich hitlérien, alors que la Déportation redouble d’activité et que débute aussi la bataille du rail.


D’impressionnantes campagnes d’affiches, une diffusion massive d’imprimés, rappellent à tous propos la devise de cette « révolution nationale » : « Travail – Famille – Patrie ». Cette publicité et ces affiches demeurent l’élément essentiel du langage de Vichy ; sa diffusion est totalement aux mains de l’occupant nazi dans la zone nord, puis elle s’étendra à l’ensemble de la France en 1942. La répression à l’égard de la Résistance fera l’objet de communiqués, d’avertissements fréquents, de prises d’otages et de récompenses à la délation.


La presse clandestine de la Résistance intérieure s’affirme par une présence qui ne se démentira pas, au fil des semaines, en assurant des informations fiables. Reproduite au début sous forme de feuilles ronéotypées, elle bénéficiera bientôt de l’ingéniosité des imprimeurs résistants. Dès mars 1943, de concert avec l’occupant, Vichy impose le S.T.O
(Service du Travail Obligatoire) vers l’Allemagne. Avec les restrictions et les cartes d’alimentation, la Résistance s’amplifie et déjà beaucoup d’appelés prennent le maquis. La Croix de Lorraine reparaît en tant qu’emblème national, défiant ainsi la francisque de Pétain.


Le Haut-Jura se prête à cette résistance organisée par des groupements divers de réfractaires. Elle prendra de l’importance sous l’égide du Comité National de la Résistance fondé le 27 mai 1943, avec Jean Moulin à sa tête. Avec la complicité des miliciens et de leurs collaborateurs, le Reich hitlérien accentue la répression contre toutes les personnes qui apportent leur aide aux maquisards. Le Haut-Jura a payé son tribut fort cher face à l’ennemi. Nombreux ont été fusillés, torturés, voire déportés en grand nombre, comme à Saint Claude le 9 avril 1944, mais aussi dans la région du Grandvaux. Certains Conseils Municipaux, en contradiction avec la politique de Pétain, ont été dissous et remplacés par une délégation à l’image du  dictateur, comme dans la commune de Ravilloles le 1er février 1941, ainsi que dans la ville de Saint Claude. En raison de ces circonstances, la commune de Ravilloles, à l’image de beaucoup d’autres, est entrée dans le camp des opposants. D’ailleurs le poste de Commandement Départemental de la Résistance y a siégé un certain temps.

Nos Maires, déchus par le régime en place, tels Luc Delatour et Maurice Regad-Pellagu, ont hébergé clandestinement ce commandement. Il faut rappeler que dès les premiers appels au STO, le maquis s’est constitué à la Montagne, lieudit « Au Poisiat » et à la grange Michaud. Il s’agissait en fait de fermes isolées et inhabitées où s’était installée l’école des cadres du service Périclès sous la direction d’officiers de l’armée de l’air comme Vauchy alias Yanne et Alibert (Ransac), pseudonymes qui avaient toute leur importance à cette époque fortement troublée. Cette école a fonctionné de novembre 1943 à janvier 1944.

En avril 1944, la division de la Wehrmacht qui occupait la ville de Saint Claude (d’où ont été déportés plus de trois cents habitants) ratissait les villages et les fermes aux alentours. Le 14 avril, avant de pénétrer dans le village de Ravilloles, les allemands brulèrent durant leur parcours, la succursale de la Fraternelle de Saint Lupicin ainsi que la maison de notre ami René Regad. Leur arrivée dans notre village fut terrible, ce fut d’abord l’incendie des habitations des frères Patillon dans lesquelles logeaient un nommé Villemin, garde forestier et résistant. Une prise d’otage s’ensuivit avec Paul Patillon et ses deux filles, Raymonde et Simone, Gabriel Boisson et Raymond Bourgeat à son domicile alors que sa mère suppliait l’officier allemand de lui laisser, ayant déjà deux fils prisonniers. Seules les deux filles sont revenues des camps de la mort.

Avec leurs otages, ils prirent la direction de la Montagne et incendièrent la ferme des frères Dalloz, Léon et Marcel, sans épargner leurs brutalités sur Léon alors qu’il était paralysé dans un fauteuil. La seule raison était que la maison possédait un téléphone susceptible de renseigner le maquis. Ils poursuivirent leur avancée en direction des fermes qui ne tardèrent pas à être à leur tour la proie des flammes.

Il s’est avéré que tous ces actes de barbarie étaient guidés par le célèbre Klaus Barbie, accompagné par un citoyen du village, Max Delatour, en tenue de waffen SS, qui avait quitté le pays pour se mettre au service de la kommandantur de Lyon. Après la guerre, il sera jugé, condamné à mort et fusillé à Lyon. Si précédemment, nous avons cité des noms de personnes qui ne sont jamais revenues, il y a lieu de signaler qu’avant la débâcle de juin 1940, Denis Bourgeat a trouvé la mort sur le front du nord, alors que Félix Joz, mourra sous un bombardement. A signaler aussi que quinze des mobilisés ont été éloignés de leurs foyers durant 5 années pour la plupart.

Après la guerre, la commune de Ravilloles a été décorée de la Croix de Guerre avec Palme par le Président Vincent Auriol le 5 novembre 1950 à Lons le Saunier.

 

La borne au Lion

 Un coin de Montagne, Un lieu d’histoire

1944, un refuge pour les résistants: les combattants volontaires des maquis de l'Ain et du Haut-Jura, venus de différentes régions de France et de nombreux pays d'Europe, occupèrent ces montagnes.

Début juillet 44, les troupes de l'Allemagne nazie (armée Vlassov) sèment la terreur sur les routes stratégiques entre l'ouest de l'Ain et la frontière Suisse (opération Treffenfeld). Ils espèrent "casser" les maquis mais ne poursuivront pas leur mission jusque dans cette montagne boisée et isolée.

Dès le début de l'offensive, les maquisards avaient compris que cette attaque serait encore plus massive que celle d'avril. Ils livrent alors de durs combats de harcèlement dans le secteur d'Oyonnax (Thoirette, Chancia, Dortan, Lavancia et Labalme sur Cerdon).

A partir du 12 juillet 44, les unités du groupement nord et des unités du groupement Maurac se retirent et s'établissent dans des chalets ou des granges  dispersées dans les combes entre le Crêt de Chalam et Lajoux (le PC du groupement nord est au Berbois ). Elles passent plus d'un mois dans le secteur, non loin du PC départemental de "Romans-Petit", chef des maquis de l'Ain et du Haut-Jura replié à Giron.

Aidés par la population, ils reconstituent leurs forces, réceptionnent les parachutages et lancent de nouveau des opérations de harcèlement.

Instruit de la violence des combats de février et avril 44, le colonel Romans-Petit, demande à Londres l'envoi d'un chirurgien: Geoffrey Parker (Parsifal) choisi pour ses qualités de combattant et de chirurgien sera parachuté le 6 juillet.

Les chirurgiens Parsifal et Guillet, les médecins Bastian et Noël ainsi que les infirmières Paulette Mercier et Germaine Bernardi, soignent et opèrent dans un hôpital de campagne.

Une ferme délabrée où la paille fait office de lits, avec des médicaments fournis par les pharmaciens des environs, ou parachutés. L'équipe sauve de nombreuses vies.

A la libération du territoire, la plupart des maquisards s'engagent dans l'armée de libération pour la durée de la guerre.

Ils pourront plus tard rejoindre leur famille et reconstruire leur vie d'homme libre.

Traits separation grisLe Crêt de Chalam et la Borne au Lion sont aujourd'hui l'un des lieux de mémoire emblématiques de la Résistance. Grâce au colonel Romans-Petit, beaucoup d'entre eux restèrent en contact, prenant coutume de se rassembler chaque année, un dimanche de juillet, sur le site de la Borne au Lion "leur" haut lieu de résistance.

En 1965, Robert Dubuisson (Legrand), alors président du "groupement des maquisards résistants", y édifia une petite stèle en leur mémoire. Ce fut ensuite la création du jardin de flore de montagne grâce au travail de Georges Lévrier (Jozio).

Le Président Auriol en déplacement officiel à Lons-le-Saunier

Le 5 novembre 1950 le Président Vincent Auriol en  déplacement officiel à Lons le Saunier

Après la descente du train présidentiel et après s’être incliné longuement devant la plaque commémorative des agents de la SNCF morts pour la France et après avoir salué les représentants du personnel, Monsieur le Président de la République quitte la gare. Les voitures du cortège officiel  traversent la ville et s’arrêtent au monument aux morts.

Le cortège officiel après avoir déposé une gerbe au monument aux morts fait un arrêt au pied de la statue de Rouget de Lisle avant de se rendre à la Préfecture du Jura puis à l’Hôtel de ville. Au sortir de la mairie le cortège officiel se dirige vers le monument élevé à la gloire de la Résistance jurassienne pour l’inaugurer.

Lors de cette inauguration et après les discours d’usage ont été

cités à l’ordre de l’armée Saint-Claude et Saint-Didier

cités à l’ordre de la division Beaufort  Grande Rivière  Larrivoire  Lons le Saunier  Molinges

cités à l’ordre du régiment Bletterans  Chancia  Chilly le Vignoble  Moirans    Prémanon  Les Rousses  Cosges  Coyrière Dole  Morez  Ravilloles  Tavaux  Dompierre sur Mont  Ivrey  Lamoura  Poligny  Rochefort sur Nenon  Thoirette  Villevieux 

ont reçu un Diplôme à la gloire de la Résistance en témoignage de l’attitude noble et courageuse de leur population en face des sévères  représailles ennemies et de la participation de leurs habitants à la libération de la Patrie Arbois  Arinthod Arlay  Augisey  Bréry  Chassal Chaux des Prés  Cesancey  Cezia  Conliège  Epercy (Jeurre) Les Arsures  Les Chalesmes  Montbarrey  Montmalin  Orgelet  Ruffey  Saint Amour  Sellières  Vaux les Saint Claude  Villard Saint Sauveur  Viry

ont reçu un Diplôme d’honneur en témoignage des sévères représailles ennemies subies lors des combats de la libération de la Patrie Amange  Chaussin  Chilly le Vignoble  Domblans  Foncine le Haut  Les Bouchoux  Le Deschaux  Les Piards  Longchaumois  Maisod  Malange  Maynal  Menotey  Molay  Nance  Port Lesney  Prénovel  Saint-Pierre  Saligney  Thervay   Thoiria  Vercia  Vielle Lloye 

Ce 5 novembre 1950 le directeur général de la sûreté nationale veillait en personne au service d’ordre qui avait mobilisé la totalité des effectifs de la police locale. Tout donc avait été prévu sauf le geste d’une gamine de 12 ans la petite Noëlle Desarbres qui rompant les barrages et bousculant le service d’ordre rangé autour de la gare, sauta brusquement au cou de Vincent Auriol en criant : bonjour cousin André !

Le Président de la République n’avait esquissé aucun geste de recul. Chacun put le voir se pencher et embrasser sur les deux joues la fillette en manteau clair qui l’avait appelé André. Pour Noëlle, et pour elle seule en France ce monsieur grave en habit noir et haut de forme que tout le monde salue en s’inclinant est et restera toujours ce brave cousin André qui un certain jour de 1943 la fit sauter sur ses genoux et lui permit de jouer avec sa longue barbe grise. Une barbe que l’évadé Vincent Auriol avait laissé pousser pour dissimuler aux policiers allemands lancés à ses trousses des traits trop connus. Car si l’aventure de cette petite fille et de ce futur président de la République est lumineuse comme une légende, elle n’en a pas moins eu pour cadre une des époques  les plus sombres de notre histoire.

Villevieux en 1943 présente aux occupants le visage calme et résigné de tous les villages de France et les 15 soldats allemands qui occupent un poste à 800 mètres de son clocher assistent  à la vie tranquille de ses 600 habitants. Mais la nuit venue, tous ces cultivateurs, ces artisans, ces ouvriers se transforment en francs-tireurs et partisans, guerriers sans armes d’une armée sans autres munitions que le courage et l’optimisme. Dans la maison de Marius Desarbres, un ancien de 14-18 il y a une chambre toujours prête à accueillir des amis de passage, des hommes et des femmes qui viennent d’un peu partout qu’on voit quelques fois arrivés mais qu’on ne voit jamais repartir. Marius Desarbres appartient au Service atterrissage parachutage (SAP) chargé du transport des personnalités dans les deux sens France-Angleterre et Angleterre-France. Le 17 octobre 1943 Marius est prévenu par un ami «préparez -vous pour ce soir, il y a 3 passagers, la BBC à l’émission de midi devra annoncer « le chien sanglant a hurlé nous serons 2 à entendre hurler le chien ».  Marius Desarbres ne pose pas de question, et ne s’inquiète jamais de l’identité de ces invités d’un jour.  A 10 heures du matin un gros camion servant habituellement au transport de bestiaux s’arrête devant sa maison. Il vient sur le pas de sa porte, Noëlle, sa fille une turbulente gamine de cinq ans, accompagnée de Miss sa petite chienne qui hurle toujours aux jambes des soldats allemands s’élance vers la voiture.

« Veux-tu revenir ici ! »mais la fillette  joue déjà avec les trois hommes descendus du camion : tous trois sont simplement vêtus, deux d’entre  eux portent la barbe. Ils parcourent rapidement les quelques mètres qui les séparent de leur porte d’entrée.  Madame Jeanne Desarbres, la mère de Noëlle, est montée ouvrir la porte de la chambre au premier étage ; puis à bicyclette, elle est partie pour le ravitaillement. Trois bouches de plus à nourrir à cette époque ce n’est pas une petite affaire. A midi les trois nouveaux venus se rapprochent du poste de radio, ici Londres !le message attendu résonne joyeusement  aux oreilles des trois hôtes. Le repas est gai ; le plus âgé des convives celui dont la barbe grise court autour d’un visage amaigri est le préféré de la petite Noëlle. Après le café elle monte sur ses genoux et joue avec les branches de ses lunettes. Sa mère la gronde gentiment « laisse le cousin André tranquille » car à Noëlle  ses parents ont expliqué par prudence, que tous les invités de passage étaient des cousins en visite. A 19 heures une deuxième fois, le message vient confirmer la bonne nouvelle : le départ est pour cette nuit. Le dîner est encore un peu plus joyeux que le déjeuner. Le « cousin André » raconte à Marius Desarbres  des anecdotes politiques. La soirée passe rapidement. On attend plus que le troisième message, celui qui décidera du départ définitif. Il est reçu à 21 heures. Le terrain d’atterrissage est à Orion, à quelques kilomètres de Villevieux. D’habitude les passagers parcourent ce chemin à pied. Mais « le cousin André » est très fatigué ; Marius Desarbres fait demander à Gentet le chauffeur des PTT de prêter sa camionnette. Les deux Hudson sont là. Les torches sont allumées. Dans le rectangle lumineux ainsi formé les deux Hudson atterrissent. Le cousin André s’approche de Marius Desarbres « nous vous remercions, mon nom est Vincent Auriol et vos deux autres invités sont Albert Gazier et Monsieur Juste Euvrard ; embrassez encore pour moi ma petite cousine Noëlle ». Le lendemain à midi Marius Desarbres apprenait par Radio Londres que ses trois invités de la veille étaient parvenus à bon port.

Ni Monsieur Vincent Auriol devenu Président de la République, ni Monsieur Albert  Gazier devenu ministre de l’information, ni Monsieur Juste Euvrard devenu député n’ont oublié les heures  passées chez Marius Desarbres. Le 16 mai 1948 à Cuiseaux (Saône et Loire) tous trois félicitaient officiellement les trois membres de cette belle famille et pendant toute la journée que dura leur visite la petite Noëlle n’a pas quitté la main de son cousin André.  Huit jours après le Président de la République faisait parvenir à Noëlle une photographie dédicacée : à ma petite cousine Noëlle, à ses parents en souvenir de leur accueil d’octobre 1943 et de ma visite à Cuiseaux le 16 mai 1948.

8 février 1944 décollage des Aubrac

Le 21 octobre 1943 à Lyon c’est l’évasion spectaculaire de Raymond Aubrac par un groupe franc de Libération Sud dirigé par Lucie. Puis ce fut la vie de fugitifs, de planque en planque dans le Rhône, l’Ain, la Saône et Loire et pour finir dans le Jura à Bletterans, Villevieux puis Chilly le Vignoble à proximité du terrain clandestin « ORION » pour les deux premiers villages et à une dizaine de kilomètres pour Chilly le Vignoble.

Un premier départ raté le 14 novembre 1943 dans la région de Pont de Vaux :le message de la BBC est bien passé, mais une mince couche de brume a empêché l’avion de voir les signaux disposés au sol.

Après un passage à Cuiseaux chez Bernard Morey, c’est l’arrivée à Bletterans chez les Roblin le 29 novembre. John Brough, un aviateur anglais est dans une autre maison. C’est à Bletterans début décembre que Raymond Aubrac apprend l’arrestation de ses parents (Hélène et Albert Samuel seront déportés à Auschwitz ils ne rentreront pas).

Il n’y a pas eu d’opérations aériennes en décembre 1943 en raison du temps.

Changement de refuge….accueil chez les sœurs Bergerot au château de Villevieux le 8 décembre 1943. 6 janvier nouvelle promesse de départ, nouvel échec : l’avion, après avoir tourné au-dessus du terrain ne se posa pas.

Le 20 janvier 1944 nouveau déménagement à Chilly le Vignoble 4 km au sud de Lons le Saunier. C’est l’approche du terme pour la grossesse de Lucie qui provoque ce changement de lieu.

Raymond et l’aviateur sont logés chez les Buffard un couple d’instituteurs résistants (leur fille Marguerite Falvien Buffard est une héroïne de la Résistance défenestrée à Lyon le 13 juin 1944).

Lucie et Jean-Pierre (Boubou) sont chez les Caseau eux aussi instituteurs. Paul Caseau est le chef du groupe sédentaire de Chilly arrêté le 15 juillet 1944 il est torturé et fusillé à Molinges le 16 juillet 1944.

Madame Caseau conduisit Lucie chez le médecin chirurgien du maquis à Lons le Saunier l’accouchement devant avoir lieu moins d’un mois après.

Le 7 février 1944 Paul Rivière alias Charles Henri responsable du SAP pour une bonne partie de la France annonce un départ pour le lendemain. Indicatif « de Carnaval à Mardi gras » message d’accord «  mon père caresse un espoir » message à la BBC le 8 à 12h30 « nous partirons dans l’ivresse ». L’opération est baptisée bludgeon, l’avion un Hudson (13 mètres de long, 20 d’envergure, 5,5 tonnes à vide, charge maximale 8 tonnes).

Au cours de l’après-midi du 7 février Mme Caseau accompagne une nouvelle fois Lucie à Lons le Saunier chez le docteur Michel qui lui donne une solution de laudanum à administrer au moment du départ à l’aide d’une poire à lavement.

L’effet du traitement est de 48 heures et il empêchera que le  « travail » se déclenche pendant le voyage  (le docteur Jean Michel sera arrêté le 24 avril 1944 et lâchement assassiné par les nazis dans les bois de Perrigny à quelques hectomètres de Lons le Saunier).

A 19 heures le message repasse à la BBC. Paul Caseau a prévenu les hommes de son groupe, ils assureront la protection des fuyards jusqu’à Orion. Le marchand de fromages du village Arsène Chambard est au volant de son véhicule qu’il a ressorti de sa grange. Une moto ouvrira la route au cas où…. Il est 21h, tout le monde est prêt, le petit garçon est couvert de lainages et enveloppé dans un manteau de peaux de lapins tannées par des dames de Villevieux.

Monsieur Chambard a oublié de remettre de l’eau dans le radiateur, la voiture s’arrête et il faut terminer à pied, par des petits chemins de terre.

L’aviateur porte la valise de layette, Raymond porte Boubou sur ses épaules, Lucie se traîne comme elle peut très essoufflée, elle serait incapable de courir en cas d’alerte. Cette marche forcée peut déclencher l’accouchement, aussi s’administre-t-elle sans attendre le lavement au laudanum.

Il y a foule sur le terrain.

L’avion arrive peu après 23 heures.

Au moment du décollage, il s’embourbe, il faut faire appel aux paysans du secteur pour pousser, tirer, mettre des planches sous les roues. Il y a même une paire de bœufs pour tirer l’avion hors de l’ornière. Le pilote veut brûler son avion et finalement il tente un dernier essai, il a déjà largement dépassé les marges de manœuvre. L’avion décolle il est 2h10 du matin. Il arrive en Angleterre vers 7 heures le 9 février. Lucie accouche le 12 février 1944 à 3h30 du matin d’une petite fille, c’est le plus gros bébé de la maternité, elle s’appellera Catherine.

La vie résistante allait pouvoir reprendre, c’est déjà un autre chapitre.

 

Jean-Claude Herbillon président Anacr Jura tenait à préciser: 

" Dans ma jeunesse, j’ai été voisin avec Arsène Chambard je l’ai très souvent rencontré au bord de la Sorne, la petite rivière à truites qui traverse le village de Chilly le Vignoble. Cet homme discret, je ne l’ai jamais entendu parler du 8 février 1944. C’est bien après son décès que j’ai appris son implication dans la résistance. Il a largement mérité que  l’on parle de lui aujourd’hui."

Cosges : un centre d’atterrissages

 

La Résistance mit très tôt en place une Section des Atterrissages et Parachutages (S.A.P). La Royal Air Force britannique fournissait avions et pilotes, des équipes françaises de terrain prenaient en charge les passagers clandestins.

Dans la zone « libre » du Jura, le premier atterrissage eut lieu à l’automne 1942  sur le terrain d’aviation  de Courlaoux, aux portes de Lons-le-Saunier. Le second aura lieu sur le même site, le 26 janvier 1943. Mais  le terrain, repéré par les Allemands, sera rendu inutilisable (pieux plantés et pose de chevaux de frise). Les cinq autres atterrissages avant le débarquement s’effectueront dans le secteur de Bletterans : quatre sur le terrain « Orion » entre Nance et Cosges, l’autre sur le terrain de Ruffey.

La S.A.P et la Résistance locale de ce secteur étaient dirigées par le fromager de Villevieux, Fernand Marillier, « Paul ». Parmi les membres de son équipe on comptait dans le village les trois soeurs Bergerot qui hébergeront les candidats au départ vers Londres, mais aussi le médecin de Bletterans, le docteur Perrodin, les gendarmes de la brigade  et de nombreux cultivateurs des environs sans lesquels rien n’eût été possible.

 

Atterrissages à Orion :

Cette vaste étendue plane, entre Cosges et Nance, permettait l’atterrissage des Hudson, avions assez lourds.

Le 1er atterrissage y eut  lieu le 19 mai 1943. Parmi les partants se trouvait le chef départemental de l’A.S, traqué par la police allemande, Valentin Abeille.

Le second aura lieu le 14 septembre  suivant.

Le troisième, le 18 octobre 1943, verra atterrir deux Hudson. Parmi les partants on comptera Emmanuel d'Astier de la Vigerie et  le futur Président de la République, Vincent Auriol.

Enfin, le quatrième (et dernier) aura lieu le 8 février 1944. C’est le plus connu. L’arrivée d'un Hudson avait été annoncée par le message : "Nous partirons dans l'ivresse ». Parmi les quatre partants (ils auraient dû être plus nombreux, mais l’appareil, embourbé, ne put décoller), se trouvaient Lucie et Raymond Aubrac ainsi que leur jeune fils Jean-Pierre (Boubou).(Lucie Aubrac évoque l’épisode dans son livre dont le titre « Nous partirons dans l’ivresse » reprend le message indiquant cette opération mais vous pouvez aussi en retrouver l'histoire juste au dessus à la rubrique 8 février 1944.)

Ce n’est que grâce à la mobilisation des agriculteurs du voisinage et de leurs attelages que l’avion pourra enfin prendre son envol.

A la suite de cet incident, il n’y aura plus d’autre opération d'atterrissage dans le Jura.

La famille Thibert :

Parmi ces populations locales qui ont participé aux atterrissages et aux nombreux parachutages, on compte les propriétaires du moulin Thibert qui jouxte le terrain Orion à Cosges. Leur fils Charles, né au village en 1922, entre au groupe sédentaire local  dirigé par l’instituteur du village, Raoul Pellier, « Pichegru ». Il prend  comme lui le maquis après le débarquement. Il  participera à des parachutages, des atterrissages, à l’attaque de la garnison allemande de Lons-le- Saunier et aux combats de la libération de la région doloise sous les ordres du capitaine Simonin, « Besson ».

Texte d’André Robert, Professeur agrégé. Il a enseigné l'Histoire-Géographie dans le Jura jusqu'en 2006. Membre du CA des "Amis du Musée de la Résistance et de la Déportation" de Besançon, il est également membre (ami) du Bureau de l'Association Nationale des Anciens Combattant et amis de la Résistance (ANACR) du Jura. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur cette période notamment : Jura 1940-1944 Territoires de Résistance.

 

 

La Résistance dans la région d'Orgelet

Sources :
Marcel Chamouton (Chavanne) : « Souvenirs de mon activité dans la Résistance
à Orgelet »
Sous-lieutenant Marcel Chevassus (Hervé) : « Historique du district Hervé,
d’avril 1944 à septembre 1944 »


Orgelet et son secteur furent particulièrement concernés par la Résistance et les exactions allemandes. De par sa situation géographique, c’est un des passages obligés entre Lons le Saunier où la présence allemande est particulièrement forte, et les régions de Saint Claude, Oyonnax, Nantua,…où la Résistance ne l’est pas moins. Aussi le secteur d’Orgelet était-il régulièrement traversé par des troupes allemandes. Par ailleurs, la faible occupation humaine des campagnes environnantes du plateau et de la « PetiteMontagne » et l’importance du couvert forestier, étaient des plus favorables à l’implantation de
maquis.


C’est dès la fin 1941 que les premiers jalons de la résistance sont mis en place. C’est à cette époque que Pierre Larceneux prend contact avec des Résistants potentiels d’Orgelet, dont la famille Chamouton. Il recrute pour le mouvement "Combat" des agents à même d’assurer la distribution de tracts, de journaux (Combat, Témoignage Chrétien), de rechercher des terrains de parachutages et de recruter. C’est ainsi que sera formée la première sixaine autour de Marcel Chamouton (Chavanne) et Pierre Verney. Ce dernier sera le 1er chef de secteur de la Résistance orgeletaine. Avec la mise en place du S.T.O. par Vichy, les réfractaires placés en exploitation forestière chez Hubert Girod apportent des renforts à la Résistance locale. Il faut les ravitailler. La responsabilité de cette tâche est confiée à Marcel
Chamouton.


Il faut attendre l’année 1942 pour que ces Résistants reçoivent d’un officier de "l'Armée de l'Armistice", le lieutenant Giroux, leurs premières instructions sur
le fonctionnement des armes, armes dont ils sont toujours démunis.


La brigade de gendarmerie d'Orgelet, sous les ordres des chefs Chamoy puis Boerlen, se montre particulièrement favorable à la Résistance, et, à une
exception près, tous les gendarmes la rejoindront. Certains paieront d’ailleurs de leur vie cet engagement : c’est le cas de Jean Desvignes (oncle de Maurice
Choquet), mort en déportation à Gardelegen et d’André Decercle, fusillé le 11 juillet 1944 à Orgelet.


La Résistance s’organise et les contacts semultiplient avec la direction départementale de « Combat » à Lons le Saunier, mais aussi avec les responsables
des secteurs voisins, notamment « le Gut » Grancher à Pont de Poitte, Henri Clerc à Saint Amour, Lacroix à Moirans,….

Fin 1942, les frères Larceneux quittent « Combat » et adhérent au réseau britannique du S.O.E (réseau César-Buckmaster) dont Jean devient le responsable
départemental. Plusieurs chefs de secteurs, dont ceux d’Orgelet, de Pont de Poitte et de Saint Amour les suivront dans cette dissidence.


Cette nouvelle obédience des Résistants du secteur d’Orgelet lui permettra d’obtenir un premier parachutage sur le territoire de la Tour du Meix, plateau
de Bellecin le 19 mai 1943. Ce sont six containers contenant des armes et des munitions (4 fusils- mitrailleurs, mitraillettes, révolvers, explosifs et grenades), mais aussi du chocolat, du café et du tabac. Le tout est « planqué », puis sera ventilé entre différents groupes locaux. Les frères Vuitton de Rothonay, transporteurs « attitrés » des Résistants du secteur, dont ils font partie, utiliseront leur camion pour transporter jusqu’à Lyon une partie du précieux chargement. 


Les problèmes de ravitaillement ne sont toujours pas résolus, comme en témoigne Marcel Chamouton :
« Fin 1943, les effectifs augmentent, nous n'arrivons plus à placer tout ce monde en exploitation forestière ou en campagne, chez de braves cultivateurs - où nous n'avons pas de problèmes de ravitaillement - si ce n'est pour la nourriture, avec cartes d'alimentation et tickets. Avec l'accord de Lons, nous décidons de monter une opération contre la mairie d'Orgelet et de rafler les cartes d'alimentation sous le nez du général Karcher* ».(*maire pétainiste d’Orgelet)


C’est en cette fin d’année 1943 que le secteur d’Orgelet retourne à son ancienne mouvance, « Combat », et intègre l’Armée Secrète. L’intervention du commandant Le Henry (Chauvel), chef des Corps Francs de Libération du Jura, semble déterminante dans ce retournement. Ce dernier prend en charge le district, Pierre Verney est confirmé dans ses fonctions de chef de secteur, et Marcel Chamouton (il n’a alors que 19 ans) est nommé chef de groupe (sergent) des Corps Francs du Jura et crée un maquis.


Le printemps 1944 est marqué par une intense répression allemande secondée par la Milice. Deux tragédies viennent endeuiller la région d’Orgelet.


C’est d’abord, le 7 mars 1944, la tragédie d’Alièze. Le groupe Francis, chargé du ravitaillement dumaquis, abrité dans une ferme des Rippes d’Alièze, est décapité. Ce drame est ainsi décrit par un rapport officiel signé « F.F.I. Topaze » en date du 9 mars 1944:

« Le mardi 7mars, vers 20 heures, le chef de groupe et 4 hommes en voiture, sont fortuitement attaqués par la Milice et la Gestapo. Le chef abat le premier assaillant et se sauve sous le feu des autres. Les 4 hommes sont pris, après combat…
Vers 23 heures, une troupe ennemie attaque le dépôt principal du groupe défendu par 6 hommes avec une énergie splendide. Le 8mars, vers 10 heures, à bout de munitions et sous une maison en flammes, ces héroïques défenseurs se rendent et sont fusillés sur place.
Les 4 autres, arrêtés la veille, sont amenés par l’ennemi au dépôt, fusillés également. Puis les dix corps sont incinérés avec de l’essence…»


L’une de ces dépouilles sera, avec la complicité de l’abbé Louis Besançon, vicaire d’Orgelet, déposée dans l’église de cette localité par les Résistants du secteur. Cet ecclésiastique sera plus tard déporté à Neuengamme.


C’est ensuite, quelques jours plus tard, le 13 mars, le massacre du Pont de la Pyle. Dans une ferme désaffectée s’était installé un groupe de maquisards rescapés de l’attaque du camp de Montrond, sous l’autorité de Paul Sorgues. Sur dénonciation d’unmilicien, les Allemands attaquent et exécuteront dix des douze jeunes maquisards du groupe.


Début avril, lors d’une descente de la Gestapo et de la Milice sur Orgelet, quatre Résistants sont arrêtés puis déportés. Parmi eux figurent le chef de secteur, Pierre Vernay, et le gendarme résistant Jean Desvignes.


Au printemps 1944 le district est réorganisé. Le chef de bataillon Le Henry, appelé à l’Etatmajor départemental, est remplacé par le lieutenantMarcel Chevassus-Agnès (Hervé) au commandement de l’ensemble des cantons de St Julien, Arinthod et Orgelet. L’ensemble de ces trois cantons prit l’appellation de district F.F.I. Hervé.

Les Groupes eurent à plusieurs reprises lamission d’assurer la protection des équipes de sabotage travaillant sur la voie ferrée de Bourg à Lons-le-Saunier, dans la région de Saint-Amour. La ligne électrique alimentant les Usines de Blanzy et du Creusot sera également sabotée.


Après le débarquement et lamise en place du plan vert, semultiplient les sabotages et les accrochages visant à libérer le département et à entraver le repli de l’armée allemande.


Les recrues affluent, mais pas les armes : ainsi, sur les cent hommes du maquis qui se crée près d’Arinthod, dans les bois de Cornod, seul le groupe Francis, soit une douzaine d’hommes, était armé. Le district n’est pas menacé, aussi les groupes francs du district peuvent-ils s’engager dans un bataillon de choc qui ira combattre une semaine dans l’Ain. Une des missions impartie au district Hervé est la surveillance du Centre d’écoute allemand de Publy et de saboter la ligne téléphonique le reliant à l’Etat Major allemand de Lons-le-Saunier.


Avec l’été la répression s’intensifie.
Le 11 juillet, les Allemands lancent une grande offensive contre les Maquis du Jura et de l'Ain. La colonne allemande (en fait essentiellement composée de « cosaques ») est accrochée aux abords de Dompierre surMont. Les représailles allemandes seront terribles contre ce village : 23 hommes seront fusillés et plusieurs maisons incendiées.
La colonne allemande rejoint Orgelet où elle poursuit ses sévices. Outre les pillages, l’incendie de l’hôtel du nouveau chef de secteur (Albert Collomb), plus de trente hommes sont arrêtés et seront déportés. Parmi eux figure le très jeune Maurice Choquet. Le gendarme résistant Decercle est tué. Les Allemands poursuivront leurs exactions et des rafles dans les villages environnants. Une de leurs colonnes est accrochée le jour même sur le territoire du district, à Brillat, par le groupe de Guth Grancher. 


La colonne allemande se dirigeant vers Arinthod est accrochée par une embuscade tendue par un détachement du groupe Pigeon de Beaufort près d’Ugna. Les Allemands, en représailles, brûleront ce village. Après ces accrochages, et tenant compte du rapport de forces très favorable à l’ennemi, ordre est donné aux maquis de « faire le mort ». La colonne allemande quittera définitivement le district une semaine plus tard.
Désormais ce sont les Résistants qui ont l’initiative dans le district.


Le 17 août entre Nogna et la bifurcation, ils tendent une embuscade couronnée de succès aux Allemands qui réparent la ligne téléphonique entre le camp de Publy et Lons le Saunier.


Le district a également en charge la protection et le ravitaillement du Tribunal de la Résistance installé à la Chartreuse de Vaucluse.
Désormais, hormis la neutralisation définitive du camp de Publy et la surveillance des routes, les forces du district sontmobilisées à l’extérieur. Ce sera
d’abord sa participation à l’attaque de Lons le Saunier que les Allemands quitteront le lendemain.


Avec septembre arrivent dans la région Alliés et F.F.L. Un bataillon de Tirailleurs Tunisiens passe à Clairvaux, bientôt suivi d’un détachement américain. Les prisonniers allemands sont de plus en plus nombreux et il faut dans le district organiser un camp de prisonniers à Fétigny.
Il reste à achever la libération du Nord-Jura. A cet effet le district doit fournir 4 sections. La compagnie sera sous les ordres du lieutenant Hervé.
Après ces derniers combats victorieux dans la région doloise, c’est le défilé grandiose des Résistants à Lons le Saunier qui, pour beaucoup,met fin en apothéose à la lutte pour la libération.


Mais la guerre n’est pas terminée et, après la dissolution des maquis, ce sont plus de cent volontaires du district qui s’engageront pour la durée de la guerre contre l’Allemagne au 1erBataillon du Jura dont ils constitueront la 6ème Compagnie.
Ainsi prend fin la lutte longtemps clandestine engagée dans la région d’Orgelet par une poignée de patriotes en 1941. Les morts aux combats et les autres victimes ne sont pas oubliés. Les Résistants du district se retrouveront en l’église de Dompierre surMont, et devant les tombes des victimes de la répression aveugle du 11 juillet 1944 puis leur rendront les honneursmilitaires. Dompierre sur Mont, Ugna, Orgelet, Pont de la Pyle, Alièze,…autant de lieux de mémoire des atrocités d’une répression sanglante.

Embuscade d'Ugna 16 juillet 1944

Extraits du récit (archives de Victor GROS)
écrit par Desmoulins (lieutenant DESAUTEL), le chef de la Compagnie du groupe Pigeon qui a attaqué les Allemands.


« Samedi 15 juillet. Dans la matinée, nous recevons la visite du Capitaine Eugène qui me remet l'ordre suivant


« Eugène à Desmoulins


Mission : organiser une embuscade sur la route Orgelet-Thoirette. Emplacement : région de Chatonnay. Composition du détachement : 30 hommes de la compagnie Pigeon, y compris le Bazooka, plus le groupe de destruction de Lons. Prise en place : cantonnement de Chatonnay à partir de 20 heures. Embuscade à partir du point du jour demain »


« Nos allées et venues ont alerté les habitants; sans nous être hostiles, ils sont bouleversés, surtout quand nous les mettons au courant de ce qui peut arriver le lendemain matin. On sait ici ce qui s'est passé à Dompierre, Moirans, Orgelet. Ils commencent à déménager et emmènent avec eux leurs troupeaux dans la montagne. Comme ils ont raison. Seul, un vieux fermier solitaire refuse de quitter sa maison.


Les gars s'allongent dans l'herbe et s'endorment. La précarité de notre position m'effraye.....


A 5 heures, tout le monde est en place et l'attente commence. Le feu ne sera ouvert que sur mon ordre : signal, un coup de révolver. Des bruits annonciateurs d'une troupe en marche nous parviennent ; nous entendons des sabots de chevaux sonner sur l'asphalte.

Est-ce la cavalerie ? Effectivement, les premiers cavaliers passent devant nous à 6 h 15. Espacés de 10 m environ, ils avancent sur deux rangs de chaque côté de la route : ils discutent, chantent... Le défilé dure une demi-heure; j'en compte 400..... Je braque les jumelles et vois arriver deux voitures légères, des "tractions » bien sûr, suivies elles-mêmes, mais de très loin, d'une file de camions. Je ne quitte pas les tractions des jumelles et distingue, bientôt les uniformes des occupants. Elles roulent assez vite et se suivent à 30 m. Je lève mon révolver et appuie sur la détente en gueulant : "Feu sur les voitures" lorsqu'elles sont à bonne portée. Le coup de révolver foire mais les gars m'ont entendu et la danse commence. Aux premières rafales, la première voiture ralentit, s'arrête, puis repart pour s'arrêter 100 m plus loin. Le F.M. de gauche s'en occupe sérieusement ainsi qu'une quinzaine de fusils; elle est bientôt comme une écumoire et une colonne de fumée s'en
échappe; les occupants n'ont pas réagi et ont certainement leur compte. La deuxième voiture est bloquée tout de suite : deux occupants en sortent, l'un de notre côté s'affale sur le bord de la route, l'autre s'aplatit derrière la voiture. Les deux autres F.M. et les fusils crachent la mitraille et en quelques secondes, la traction prend feu.

Je ferais bien tirer un coup de bazooka, mais c'est inutile. Au bout de deux minutes, je fais cesser le feu. Il s'agit maintenant de se replier en vitesse, ...

Nous atteignons les bois et respirons enfin. Une heure plus tard, nous sommes à Monnetay, exténués mais sains et saufs. Nous assisterons de loin, en fin de matinée, impuissants, à l'incendie d'Ugna. Toutes les maisons, vides heureusement, seront brûlées. Le coeur serré, pensant au martyre d'Oradour, nous maudissons les vandales qui répètent, chaque jour, le massacre des innocents. Mais pour que leur rage s'exerce avec tant de hargne, il fallait que l'embuscade leur ait coûté cher. Nous apprendrons, quelques jours plus tard, par le Capitaine Eugène, grâce aux Services de Renseignements, que huit officiers, dont un colonel, ont terminé leur sale guerre sur cette route du Jura. 

Nous aurons même droit au Communiqué de la Radio de Londres.»