Figures de la Résistance et de déportation jurassienne

 Vous trouverez dans cette catégorie des fiches concernant des Résistantes et Résistants jurassiens.

La famille Caseau

Paul Caseau RésistantPaul Caseau, est un ancien combattant de la première Guerre Mondiale. Il avait contracté un engagement volontaire le 2 septembre 1914, il a été blessé à deux reprises, fait prisonnier, puis il a réussi à s’évader, ce qui lui a valu une Citation à l’ordre du Corps d’Armée et la Médaille des évadés. Après avoir terminé sa carrière d’enseignant à Trenal, il se retire à Chilly-le-Vignoble pour y passer une retraite bien méritée. Après l’invasion de la zone libre par les troupes allemandes, il contacte début 1943 Henri Clavier dont le domicile, devenu par la suite véritable intendance, servait fréquemment de cachette pour des stocks de toute sorte, notamment de l’essence destinée aux groupes et maquis de la région dont le plus proche était le groupe « Pigeon » du secteur de Beaufort.
CHILLY- LE- VIGNOBLE


Au fil des mois ce petit noyau de résistants commandé par Paul Caseau comptait 18 résistants à Chilly-le-Vignoble, plus une quinzaine d’hommes à Trenal. L’activité de ces patriotes s’organise et s’oriente vers la récupération des parachutages aux environs du village.
Le premier de ces parachutages a lieu dans « la plaine en Rondey » en février 1944, suite au message « son pull over est chaud ». Le second, à Trenal, en avril 1944, suite au message « son manteau est plein de poils et sera brossé deux fois » (2 avions). Les armes et munitions sont stockées chez Henri Clavier avant d’être dispatchées dans les différents maquis.
Après le débarquement en Normandie, le plan « tortue » est appliqué pour ralentir les déplacements de la garnison allemande de Lons-le-Saunier. Le commandement FFI ordonne l’établissement de barrages dans le département. Trois barrages sont installés sur la commune de Chilly-le-Vignoble avec la participation armée des résistants. Cette situation est de courte durée car les services préfectoraux ont une connaissance exacte de ces emplacements, et de plus, une colonne allemande est signalée faisant route vers Lons-le-Saunier. Force est d’évacuer les barrages, de rassembler les armes qui sont transférées par les soins des jeunes de Chilly au groupe « Pigeon » dont le PC était installé à l’Abergement-Rosay près de Beaufort. Face à cette nouvelle situation, Paul Caseau juge son retour à Chilly dangereux, il rejoint la SAP (Section des Atterrissages et Parachutages) du Jura, établie sur le territoire de la commune de Villard d’Héria près de la commune de Moirans. Sur dénonciation, une opération de représailles a lieu à Chilly-le-Vignoble le 9 juillet 1944 au petit matin. L’occupant aidé de miliciens arrête 13 personnes et incendie la maison Caseau. Sur les treize personnes arrêtées, 6 seront relâchées le 10 juillet, 2 le 14 juillet, mesdames Basset et Clavez seront retenues environ 3 semaines, mais 3 resteront incarcérées : Robert Bon, Robert Caravillot et Georges Cannard. Les deux derniers, subiront des interrogatoires musclés, ils seront libérés le 24 août 1944 à la veille de la libération de Lons-le-Saunier.


Le 10 juillet 1944 une puissante formation allemande partait de Lons-le-Saunier dans le but évident d’anéantir la Résistance armée cantonnée dans le Haut-Jura. Il s’agissait de la 157ème Division allemande de Réserve rendue tristement célèbre par les atrocités qu’elle commit dans cette contrée et la Haute-Savoie et l’Ain. Le groupe où était Paul Caseau avait reçu l’ordre de se replier à la limite du département de l’Ain. C’est au retour que plusieurs hommes détachés du groupe et empruntant un itinéraire différent, furent surpris par une patrouille allemande à proximité de Molinges. Si ses deux camarades purent s’échapper, il n’en fut rien pour Paul Caseau, il fut conduit à Molinges où il aurait été reconnu par un milicien accompagnant les nazis. Soumis à un interrogatoire et abominablement torturé au cours de la nuit, il a été fusillé le lendemain de son arrestation, le 14 juillet 1944. Sa bravoure lui valu l’attribution de la Médaille de la Résistance, de la Croix de guerre avec palme et les promotions au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur et du grade de Sous Lieutenant FFI.Annette et Paul Caseau Résistants

 


Annette Caseau, née en 1898, institutrice en retraite, est membre du groupe dirigé par son époux pour lequel elle héberge des passagers clandestins utilisant les terrains clandestins de la région de Bletterans. Après l’exécution de son époux, elle poursuit le combat, sera élevée au grade de Capitaine FFI et sera récompensée par l’insigne de la Légion d’Honneur. Lors du passage chez elle de Lucie Aubrac et de son fils Jean-Pierre, en attente d’un départ pour Londres, Annette est très attentive à la santé de Lucie qui est enceinte. Elle la conduit en consultation chez le docteur Michel, médecin de la Résistance assassiné par les nazis le 26 avril 1944. Annette Caseau et sa jeune fille Edmée, qui avaient quitté leur domicile avant l’opération de répression du 9 juillet, ne durent leur salut qu’au courage et à l’hospitalité de Marcel Girard, propriétaire d’un café place de la Liberté à Lons-le-Saunier.

 


Paul Caseau, Annette Caseau et leur fille Edmée sont enterrés au cimetière de Chilly-le-Vignoble. En 1973, Edmée Caseau Baranski a publié un recueil de poèmes dans lequel figurent deux poèmes en hommage à ses parents et à la Résistance, intitulés « Rebelle » et « le terroriste ». En voici un :

 

 

 

 

 

 Poésie d’Edmée Caseau Baranski: REBELLES

Qu’était-ce vivre ?
En ce temps-là c’était mourir.
C’était la lutte âpre et féroce
Pour la grande liberté
La guerre clandestine au coeur aveugle du pays.
C’était aussi l’attente
Sur les grands terrains noirs
Où l’avion espéré devait cracher les armes
C’était la lutte affreuse
Dans les forêts obscures
Agitées de rafales
C’était l’affût sans fin
Dans les taillis ostiles
Peut-être amis, peut-être traitres
L’oeil collé au viseur
La sueur dans le dos
Le ventre dans la boue
Le corps meurtri d’attente.
Et c’étaient les barrages
A passer de sang-froid
Et c’étaient les poursuites
Sur chaque quai de gare
Et c’étaient les liaisons
Sur les chemins traqués
Et c’était un enfer
Avec des diables d’hommes
Qui riaient du danger
Et méprisaient la mort.
C’était, quand on est pris,
Condamné à mourir,
Savoir sourire
Savoir se taire
Ne jamais dire que des insultes
Si douces à dire
Ne pas ouvrir la bouche jamais pour se plaindre
Mais souffrir, souffrir,
Inhumainement,
Dans le silence des cellules
Simple, grand, martyr,
Avec le secret scellé dans son coeur
Avec ses amours blotties contre son coeur 

Avec un ciel clair noué sur les yeux
Avec un bel enfant pétri d’ingratitude
Criant sa joie de vivre
Prêt de sa mère qui lui fredonne en souriant
Des aires sans nom
Pour effacer qu’elle a pleuré.
Avec l’ami toujours au poste, tressaillant
Sous les brûlures de la mitraille,
Avec une glycine appuyée sur un mûr
Peut-être un vieux chemin frangé de violettes
Peut-être un vieux café avec des tables rouges
Peut-être un grand salon aux royales tentures
Peut-être un chant d’oiseau, peut-être un bruit d’usine
Peut-être …
Tout ce qui fait le fort levain du monde
De pur ou souillé, de laid ou de charmant,
Mais ce qui peuple une âme
Et la fait se détendre.
C’était mourir avec tout ça
Avec tout ça qui est la France
Avec la France dans le coeur.
Oui, c’était tout cela, vivre dans ce temps-là !
Mais après cet enfer, sous le ciel de victoire
C’est encore un combat
Celui farouche et pur du droit, de la justice
C’est écraser les traitres
Les lâches, les petits
Qui ne savaient que dire oui
De quel côté qu’on les tournât.
C’est croire en la Beauté des nouvelles moissons
C’est croire en la Lumière d’une nuit d’étoiles
C’est croire en ceux qui ne sont plus
Et c’est mêler leur âme au poème singulier du monde
C’est croire que l’aurore
La rose ou le torrent
Sont un souffle d’eux-mêmes
Impalpable, immortel, infini,
Rayonnants trophées d’or
Dans les hôtels du monde –

 

 

Benito Hieyte

Benito hieyte ANACR Jura Résistant

Benito Hieyte né français le 2 février 1924 à Bilbao (Espagne), rapatrié avec ses parents en France à la fin de la guerre d’Espagne, s’évade de France en novembre 1942 pour rejoindre l’Armée d’Afrique. Il est interné en Espagne à la prison de San-Sebastien, puis au camp de concentration de Miranda de Ebro de décembre 1942 au 16 février 1943. A cette date, avec de nombreux camarades, il s’embarque pour le Maroc où il s’engage dans le premier Régiment de Chasseurs d’Afrique. Débarqué en Provence, il participe à la campagne de France, puis en Allemagne et en Autriche, comme copilote et mitrailleur sur un char baptisé « Bigord ». Démobilisé le 3 octobre 1945 il obtient la Médaille des évadés, la Croix du Combattant Volontaire ainsi que deux citations à l’ordre du Régiment et de la Division.  Il s'est vu remettre la légion d'honneur le 8 mai 2015. Il est actuellement domicilié à Messia-sur-Sorne.

Fernand Ibanez

Fernand ibanez ANACR Jura Résistant

 

Né le 26 octobre 1919, à Saint-Andres-de-Lugna (Espagne), il est arrivé en France tout bébé dans les bras de sa mère. Engagé volontaire le 26 juin 1939 dans l’Armée de l’air à Dijon puis à Rayac (Liban), Fernand est affecté au « groupe de chasse ». De retour en France pour une permission, il décide de ne pas rejoindre son unité après l’invasion de la France par les nazis. Clandestin dès 1940, il recherche des résistants et participe activement à la structuration de la Résistance en « Pays d’Othe » sous le pseudo de « Nando » au sein des maquis du Bureau des Opérations Aériennes (BOA) : le 10 juin 1944, un maquis de 350 hommes composé en majorité de FTPF et d’une cinquantaine d’hommes du BOA. Le 20 juin, ils étaient attaqués par 2500 Allemands accompagnés par une poignée de « traîtres ». Sous le commandement du lieutenant Woerth, secondé par ses adjoints, Duloup, et Ibanez, un plan de défense est organisé. Après une journée d’un terrible combat, 250 assaillants sont tués, ainsi que 27 résistants qui seront atrocement mutilés lors du repli nazi. Fernand s’engage pour la durée de la guerre à la tête d’une compagnie de 200 hommes. Il sera démobilisé en 1946. Il a fait l’objet d’une citation avec l’attribution de la Croix de guerre et la Médaille de la Résistance. Il s'est vu remettre la légion d'honneur le 8 mai 2015. Il fut président de l’ANACR Jura durant de nombreuses années. Il est actuellement domicilié à Dole.

Gino Lazzaroto

Gino lazzarotto ANACR Jura Résistant

 

 

Né le 13 juillet 1925 à Valstagna (Italie), ouvrier tourneur à Saint-Lupicin. Réfractaire au STO, il gagne le maquis de l’AS de Saint-Lupin (groupe Kocher) en mars 1943 et participe aux activités du groupe, notamment à la distribution de la presse clandestine. Le 5 juin 1944, avec ses camarades, il est intégré dans la compagnie FFI Simca (lieutenant Simon) du district Maurac, avec laquelle il participe à la lutte contre les Allemands à Saint-Laurent et à Dortan notamment. Le 28 août, il est blessé par balle explosive au combat du col de la Savine. Il est transporté à l’hôpital FFI des Crozets. Citation à l’ordre du Régiment, Croix de guerre, Croix de CVR.  Il s'est vu remettre la légion d'honneur le 8 mai 2015. Il est actuellement domicilié à Avignon-les-Saint-Claude et Saint-Claude.

Robert Lançon

Fils du « Ptit Paul » et de Noémie, Robert est né le 20 mai 1920 à « la Rajat » sur la commune de Lavans lès Saint-Claude. La famille s’installe à Pratz en 1925 où Robert fréquente l’école communale du village. Après un nouveau déménagement au « Monnet » en 1938, Robert passe avec succès devant le rituel du conseil de révision.


Robert Lançon

Les évènements s’accélèrent ensuite, avec son implication dès 1941 dans les chantiers de jeunesse. Début 1943, il entre à l'A.S. (Armée Secrète) de Saint-Lupicin, dirigée par Maurice Kocher (groupe "François"), où il ravitaille les réfractaires et distribue la presse clandestine.
En avril 1944, il doit entrer dans la clandestinité ; son nom de résistant sera « Bernard ».
Le 1er juin 1944, avec les autres membres de son groupe, il entre dans la Compagnie Simca (lieutenant Simon) du district F.F.I Maurac (district du Haut-Jura dirigé par le capitaine Roux) jusqu'à la libération du département.
Il participe à des barrages et à des sabotages, aux combats de Lavancia, et de Saint Laurent.
Robert s’engage par la suite dans l’armée régulière, deuxième bataillon du Jura, pour la duré de la guerre, jusqu’au 11 octobre 1945 précisément.
De son union avec Eliane Bénier de Ravilloles naîtront trois enfants : René, Bernard et Denise. Installé avec sa famille au Moulin d’Aval, Robert intègre les établissements Bourbon fin 1945 et passera toute sa carrière dans l’usine de Ravilloles. Très impliqué dans la vie publique nationale et locale, Robert adhère rapidement au PCF et milite à la CGT jusqu’à sa retraite en 1980.
En 1953, il est élu conseiller municipal de Ravilloles et occupera les fonctions d’adjoint au maire en 1971, et sera finalement élu Maire de la commune par trois fois, de 1977 à 1995. Durant ces 42 années au service de la collectivité il s’évertuera avec son équipe à moderniser son village et dynamiser la vie locale avec comme seul souci celui d’améliorer les conditions de vie de chacun.


 

Dès 1946 Robert Lançon est membre de l’association nationale des anciens FTP, qui est l’ancêtre de l’ANACR. Il devient membre de l’ANACR dès sa création et la mise en place du comité de Saint-Claude. Il en a été le Président durant de nombreuses années. Le grand âge arrivant avec son lot de difficultés, il a transmis le flambeau à son fils René qui pilote maintenant ce comité avec passion.
Robert est resté jusqu’au bout de sa vie fidèle à la mémoire des combats de la Résistance, ainsi qu’à la mémoire de ses camarades. Il a participé aux cérémonies patriotiques jusqu’à la limite de ses forces.
Salut Robert, l’ANACR ne t’oubliera pas, nous garderons le souvenir d’un homme droit, engagé, et convivial, disposant d’un « bon coup de fourchette » et ne dédaignant pas les petits verres de rouge qui vont avec…

Georges Mandrillon

Georges Mandrillon ANACR Jura RésistantNé à Pratz (Petit Chatel), le 22 février 1924, il entre en Résistance fin 1943 dans le secteur de Moirans, par l’intermédiaire de Roger Millet de Pratz. Il reçoit ses instructions par Roger Koehl Lorrain originaire de Lunéville, installé à Saint-Claude. Il effectue des liaisons. Affecté à la Compagnie Simca du district Maurac, il effectue des barrages sur les routes avec des arbres car il y a très peu d’armes. L’armement sérieux leur arrive en mai 1944, ils s’entraînaient à la « Ragea » à Saint-Lupicin. Fin août 1944, leur groupe d’une cinquantaine d’hommes s’embarque avec un car et un camion, le groupe est déposé « aux Guillons », hameau de Grande-Rivière. Après avoir traversé à pied la forêt de La Joux, ils prennent position au col de la Savine, Georges est serveur pour le FM de Paul Daloz. Après le combat de la Savine le groupe se rend à Bellefontaine et patrouille dans le Risoux. Georges Mandrillon n’a pas contracté d’engagement pour la durée de la guerre. Adhérent à l’Amicale des anciens résistants du Plateau dès sa formation à la Libération, il adhère à l’ANACR à la création du comité de Saint-Claude avec l’ensemble des résistants du plateau.  Il s'est vu remettre la légion d'honneur le 8 mai 2015.

Roger Pernot

Roger Pernot 1924-2015 : une vie d’engagement !


Roger PernotOctobre 1940, c’est la rentrée au lycée Rouget de Lisle de Lons-le-Saunier dans le Jura pour Roger reçu quelques semaines auparavant au concours pour d’Instituteur, à 17 ans. Cette promotion est la première à ne pas suivre sa formation dans les Ecoles Normales, accusées d’être des foyers de « mauvais esprits », elles viennent d’être supprimées par Pétain. D’une certaine façon, il n’avait pas tort… Car rapidement, un noyau actif de résistance se crée dans le lycée. Un jour de 1942, alors que toute l’administration de la ville préfecture, dont le Préfet, l’Inspecteur d’Académie, et des hauts fonctionnaires sont réunis dans la cour d’honneur pour assister au salut des couleurs, c’est un drapeau tricolore orné d’une Croix de Lorraine et du V de la victoire qui est hissé devant l’assistance ébahie. Ce drapeau avait été substitué quelques minutes avant la cérémonie par des lycéens/normaliens.
De la révolte à la Résistance, il n’y eut qu’un pas…. Roger rejoint les FTP au camp Benoît en août 1944. Chef de sixaine, puis sergent FFI dans le régiment FFI de Franche-Comté, il participe, le 4 septembre 1944 aux combats pour la libération de Mouthe (Doubs) contre les troupes allemandes.
« Les souffrances générées par les combats de Mouthe, une goutte d’eau dans l’ensemble du drame immense de la Seconde Guerre Mondiale, cette goutte d’eau fut suffisante pour faire du jeune plutôt insouciant que j’étais un combattant déterminé de la PAIX. « Rien n’est pire que la guerre. »*


C’est ainsi qu’après-guerre, Roger reprend le chemin de l’école. Instituteur puis éducateur pour les enfants en difficultés, il termine sa carrière comme Directeur du CMPP du Jura. Complètement dévoué à la cause des enfants, Roger va diriger à partir de 1952 pendant de longues années la colonie de vacances de Clairvaux dans le Jura, qui accueille des enfants de Saint-Ouen, ville populaire de la banlieue parisienne.
Animé par ses convictions, il sera responsable syndical au sein du SNIpegc, à la retraite il rejoindra la CGT. Militant et responsable communiste, il sera élu à Lons-le-Saunier dans la municipalité dirigée par Henri Auger de 1977 à 1989 où il exercera les responsabilités d’adjoint à l’urbanisme et au logement social.Roger Pernot


Ensuite, Roger se consacrera à faire vivre l’ANACR du Jura, dont il a été Président jusqu’à ce que la maladie ne lui permette plus d’être aussi actif. Animé d’un indéfectible enthousiasme communicatif, optimiste pour l’avenir, Roger va beaucoup contribuer à la compréhension exigeante de cette terrible période de notre histoire en veillant en permanence à faire vivre le pluralisme de l'association. Il est pour une grande part responsable de l’intégration réussie des Amis de l’ANACR Jura, avant même que le congrès national réunisse en une seule association résistants et amis. En 2009, nous l’avions accompagné sur les traces de sa Résistance. Pour ceux qui l’ont accompagné ce jour-là, le souvenir est inoubliable. Par delà la mémoire du Résistant se promenant sur ses lieux de Résistance entre l’euphorie et les larmes, il nous reste des vrais moments d’amitié fraternelle autour des pauses café et pique-nique.
Sa disparition, le 13 mars 2015, laisse un grand vide au sein de l’ANACR du Jura, et bien au-delà. Merci Roger, nous reparlerons de toi bientôt.

*Extrait de son livre autobiographie « Roger, Dis nous tout… enfin presque » paru en avril 2014

Léon Soyard

Léon nous a quittés début janvier 2015 et, autour de sa grande famille, une foule très nombreuse lui a témoigné son profond respect et son amitié.
Léon était né dans une famille modeste le 3 septembre 1923 à Dole. En janvier 1940, il n’a pas encore 17 ans lorsqu’il entre comme ouvrier à l'usine Solvay de Tavaux. Il y restera jusqu’en octobre 1943. A cette date, refusant le Service du Travail Obligatoire, il doit quitter la région doloise. Il gagne alors, dans le Haut Jura, le maquis de Prémanon-Lamoura que dirige Lucien Margaine, aviateur qu’il a connu lorsque ce dernier était au camp d’aviation de Tavaux. Il découvre le maquis, ses contraintes, sa discipline, mais aussi la faiblesse de son armement. L’expérience qu’il en retirera sera appréciée : de retour dans la région doloise, il est vite désigné chef du détachement "Jeunesse libre" du bataillon FTP Maurice Pagnon, qu’il dirigera de décembre 1943 à la Libération du département. Avec ses jeunes et des moyens de fortune, il organise des sabotages d'écluses, de pylônes électriques, de voies ferrées...


Leon Soyard

 

En septembre 1944 il s’engagera pour la durée de la guerre au 1er Régiment de Franche-Comté avec lequel il combattra pour la libération des Vosges et de l’Alsace, avant de pénétrer en Allemagne puis en Autriche. C’est là qu’il est démobilisé en décembre 1945.
Ce « fils du peuple », qui a connu la misère et la faim du quotidien de la classe ouvrière de la région doloise occupée pendant la guerre, a toujours porté un regard lucide, dénué de complaisance et de tout sectarisme, sur les réalités de la Résistance à laquelle il a tant apporté. Il a témoigné sur l’énorme disparité entre la volonté de ces hommes de lutter contre l’ennemi et la modicité des moyens humains et matériels pour le réaliser : des jeunes apprenants sur le tas l’utilisation des explosifs, avec un matériel distribué au compte-gouttes. Et un manque récurrent d’armes qui, à ses dires, ne seraient guère, pour l’essentiel, sorties de leurs caches avant la Libération.
Lucidité, modestie, mais aussi humour, lorsqu’il nous parlait de son engagement dans l’armée régulière en septembre 1944 : manque total de formation militaire de la plupart des recrues, son incapacité à marcher au pas, manque d’armement (un fusil-mitrailleur pour trente hommes), rapports avec l’armée régulière (le 6e Régiment de Tirailleurs Marocains) qui lui faisaient dire : « On était tous des ignorants, comme des gosses à l’école en face de l’instituteur. »

 

 

Homme simple, d’une rare modestie, d’un humour corrosif, il ne parlait jamais de ses décorations, amplement méritées : Croix de guerre, Citation à l'ordre de la Région militaire, Médaille de la Résistance.
Et pourtant on évoquera encore très longtemps son nom.
Notre ami Léon fut l’un des pionniers de la mise en place de l’A.N.A.C.R dans la région doloise et bisontine.

Mesdames Tissier et Guillemin

Parcours retracé par Roselyne Sarrazin

Mesdames Tissier et Guillemin ont été déportées à Ravensbrück, libérées le 7 mai 1945. Peut-être n’ont-elles rien dit, rien pu dire au moment de leur retour, comme beaucoup de déportés. Alors pour regarder leur parcours, je me suis appuyée sur les témoignages de la jurassienne Roselyne Blonde et de quelques membres de l’ADIR (Association des Déportées et Internés à Ravensbrück) ; des femmes résistantes qui ont côtoyé ces deux habitantes de Saint-Didier.

Marie Tissier, était la femme du fromager de St-Didier ; Marie, née le 15 janvier 1916 à Cheilly-lès-Marange,. Elle fut arrêtée en même temps que son mari et Monsieur Outhier le maire de Saint-Didier, le 23 avril 1944.

Quand les nazis entourent le village, au matin du 25 avril, ils ouvrent le feu, fouillent, les maisons, fusillent… Et bien sûr se précipitent chez Urbain Guillemin, le patron du café-restaurant, dit « Bainbain », chef de la Résistance locale, qui s’est enfui depuis deux jours.

L’homme de la Gestapo s’en prend à Madeleine l’épouse d’Urbain ; Madeleine Guillemin, née le 3 janvier 1913 à Saint-Didier, épicière. Elle est frappée, brutalisée devant ses deux plus jeunes enfants, puis emmenée à la caserne Bouffez à Lons-le-Saunier.

C’est là qu’elle retrouve Madame Tissier.

Les 2 femmes suivront le même parcours :

D’abord la prison de Lons, puis celle de Besançon avant d’être envoyées au Fort de Romainville. Situé dans la banlieue nord-est de Paris, le fort de fut un camp d’internement de novembre 1940 à août 1944. Ce fut aussi une réserve d’otages (dont 209 furent fusillés). Au total près de 7 000 personnes ont été détenues dans ce fort.

A Romainville donc, dans une grande salle, chacune prend possession de sa couche dans des lits de bois à étages ; sur trois planches, une paillasse, une sorte d’oreiller de paille et une couverture. La vie s’organise : appels, repas, jeux de cartes… Par certaines fenêtres nanties de solides barreaux, on aperçoit Paris. Et la nuit du 1er mai, ça bombarde, la gare de Pantin toute proche est sérieusement touchée et n’est plus opérationnelle pour les départs des sinistres convois.

Une petite phrase d’espoir est souvent répétée : « Les Américains vont bientôt débarquer, il n’y en a plus pour longtemps » :

Mais le 13 mai 1944 : Entassées debout dans des camions, 550 femmes traversent Paris, un Paris vide et muet.

Sur le quai de la gare de l’Est, elles sont poussées à coup de crosse dans des wagons de marchandises. Dans un wagon, 46 femmes de tous les âges, avec l’inévitable tinette dans un coin. On quitte Paris ; les femmes font connaissance, explorent leur colis : biscuits, confiture, lait concentré. Mais pas de boisson. Arrêt dans une petite gare, le convoi évite les grandes lignes. Un cheminot remplit un seau à une fontaine, profitant de l’inattention des gardes, il s’approche et dit « Vite, donnez-moi vos adresses, je les communiquerai à la Croix-Rouge. » Geste de solidarité important ! C’est du main dans la main : les cheminots ont été entièrement « pour  la Résistance ».

Et l’homme remplit les récipients qui lui sont tendus.

Après cinq jours et quatre nuits de voyage, arrivée à Ravensbrück : nous sommes le 17 mai 1944.

Tous ceux, hommes ou femmes, qui eurent le malheur de connaître un camp de concentration, exprimèrent plus tard la perception immédiate et brutale, qui précéda pour eux la connaissance détaillée de ce qui les attendait : quelque chose que l’on recevait en pleine gueule… aussi complètement évident que la « devinance » de la mort qui fait hurler les bêtes que l’on va tuer.

La mise en rang par cinq, avec injures et coups, l’attente debout devant des bâtiments sombres, le défilé de fantômes hâves, déguenillés, squelettiques, l’air hagard, l’odeur de tombeau qui les suivait… cela permettait tout de suite de savoir que tout était fini, que de cet abîme on ne ressortait pas.

Dans une grande salle des lavabos, enfin, de l’eau coule ! Les premières arrivées se précipitent pour boire et reculent en hurlant : l’eau est bouillante. Et croyez-moi, ce n’est pas par hasard.

Là elles doivent quitter tous leurs vêtements, sont poussées sous la douche, et revêtent la robe rayée des bagnardes. « Nous raserons toutes celles qui ont des poux », fait traduire une surveillante. Les chevelures dignes de faire une perruque sont coupées rapidement, le rasoir achève le travail.

Chacune se voit attribuer un numéro de matricule : N°38882 pour Madeleine, 39010 pour Marie. Une aiguillée de fil pour coudre le triangle rouge et le numéro sur sa robe.

C’est l’entrée en quarantaine, enfermées dans le bloc 15. Il faut occuper ces longues journées : les femmes récitent des poèmes, font des conférences, jouent Molière ; chacune raconte son métier, une infirmière tire les cartes avec un jeu qu’elle a fabriqué sur des petits cartons…

La blockova, Anka, est polonaise ; blockova, ça veut dire chef de block, chef du dortoir en quelque sorte, et c’est une vieille prisonnière. Les polonaises sont arrivées en masse dans le camp en 1939.

Après la quarantaine, les femmes seront réparties, soit dans les Kommandos d’entretien du camp, soit dans des usines à l’extérieur, soit en « transport » dans d’autres camps.

Marie Tissier et Madeleine Guillemin partiront en « transport » dans des wagons à bestiaux, avec une boule de pain, de la margarine et de l’eau. Trois jours de voyage et arrêt à la gare de Falkenau . A pied on gagne le camp de « Swodau » :

Swodau est un petit camp. Tout autour, des champs, des prés, la montagne, un village avec son église. C’est tout neuf.

Les femmes sont invitées à se laver, et reçoivent des vêtements propres.

Dans les blocks se trouvent des Russes, Polonaises et des Allemandes aux triangles verts ou noirs, c’est-à-dire des prisonnières de droit commun, ou dites « asociales ».

Zwodau est une annexe des usines Siemens-Halske. Elles vont donc travailler à l’usine : L’un des bâtiments est l’usine métallurgique où se fabriquaient les grosses pièces des moteurs d’avion ; carters, grosses vis, pistons. Le travail se fait presque toujours debout, de 6h à 12h et de 1h à 19h avec une pause d’un quart d’heure à 9h et à 16h ; dans une atmosphère lourde, où l’odeur de l’huile se mêle aux émanations d’acide de certaines cuves dans lesquelles se nettoient les pièces terminées. Le bruit des machines et du ventilateur est absolument intolérable. Le soir les talons font si mal qu’on dirait qu’ils vont éclater.

A ces maux s’ajoutent les accidents du travail.

Le chef de camp est surnommé « Attila ».

Loger à côté de l’usine comportait le risque d’être bombardées. La nuit, quand on est verrouillé, on peut être partagé entre la peur et l’espoir : la guerre finira-t-elle avant nous ? Est-ce aujourd’hui que cette maudite usine va être bousillée ? L’espoir l’emportait.

Marie-Antoinette Clastres raconte les derniers jours :

17 avril 1945 : Longue alerte de 4 heures… A 8h30 suspension définitive du travail.

20 avril 1945 : Deuxième journée de repos. Corvées diverses. Nous descendons à Falkenau poussant des charrettes de ravitaillement, la petite ville est en ruine ; nos amis ont bien travaillé !

En vue du départ, on vide tous les blocks.

22 avril 1945 : On distribue le ravitaillement pour la journée : 1/7e de pain, une cuillère de confiture, 15 grammes de margarine… la colonne s’ébranle. Avec nous, une charrette de ravitaillement pour 1200 personnes. Et une charrette de malades. Les malheureuses y sont entassées assises et debout. Nous marchons ainsi pendant 15 km… première halte à Lauterbach. Notre cortège impressionne tout le village. Pas de place pour nous dans les granges, nous devons reprendre la route, trempées, fatiguées. Nous marchons pendant deux km. Et une grange nous accueille, nous sommes 60 dans la nôtre.

A l’aurore, la neige tombe… la ration de pain pour la journée est plus petite qu’hier… nous marchons pendant quatre heures. L’Ober nous apprend que nous sommes encerclées de toutes parts ; nous rebroussons chemin et nous coucherons dans les mêmes granges que la nuit précédente.

23 avril 1945 : Réveil à 6 heures, nous prenons la route, nous redescendons la montagne, nous atteignons Falkenau, on voit Zwodau… Le camp a été saccagé ; il y a appel. 20 femmes se sont évadées.

27 avril 1945 : Les Américains seraient à 18 km de nous, entre Marienbad et Mauterbach.

29 avril 1945 : C’est dimanche. Chacune s’est faite belle. Celles qui avaient gardé leurs cheveux s’étaient mis des bigoudis la veille.

5 mai 1945 : C’est la prise de Berlin par les Russes.

6 mai 1945 : Nous apprenons que les alliés sont à 8 km. On chuchote que l’armistice doit être signé. Nous n’osons y croire.

7 mai 1945 : Tandis que nous mangions notre soupe, nous entendons des cris : « Hourra ! les voilà ! les voilà !... » Un tank, puis deux, et les Américains franchissent les barbelés. Toutes nous bondissons et sans tenir compte de notre fatigue, nous courons à toute vitesse au-devant d’eux. Ils nous entourent de leur bienveillance. Nous leur cueillons des fleurs. Il n’y a que celles des pissenlits, mais ça ne fait rien !

Libres désormais, mais ne sachant où aller, elles attendent une dizaine de jours dans les baraques du camp l’organisation de leur rapatriement. Vers le 15 mai, des camions de l’armée américaine les emportent plus à l’ouest, au centre de rapatriement de Wurtzbourg sur le Main, déjà surpeuplé.

Les femmes n’arriveront en France qu’à partir du 18 mai.

Certaines parleront, raconteront… telle Micheline Maurel qui dit :

« Il faudra que je me souvienne,

Plus tard, de ces horribles temps ;

Froidement, gravement, sans haine,

Mais avec franchise pourtant…