Résistance nationale

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Le Conseil National de la Résistance

 

le CNR         

 

Aujourd’hui, nous ne pouvons faire autrement que reconnaître que le programme rédigé par le Conseil National de la Résistance est un texte fondateur de notre République économique et sociale et qu’il fait référence. La preuve en est, il suscite l’intérêt. Certains le brandissent pour en défendre les valeurs et les acquis alors que d’autres veulent le démanteler pierre par pierre le trouvant dépassé. Dans tous les cas, il faut reconnaître que ce programme élaboré dans la clandestinité est unique en son genre. Ce programme politique fut adopté à l’unanimité de ses membres alors même qu’il regroupait des personnes d’horizons forts différents et malgré cela ce programme est complet et aborde presque tous les thèmes nécessaires pour la reconstruction du pays. Les deux grands absents de ce programme sont le vote des femmes et la décolonisation.  

         

 

          

          La création, grâce à Jean Moulin, du Conseil National de la Résistance (CNR), le 27 mai 1943 marque le tournant décisif de l’action de la Résistance. Celle-ci répond à un double objectif :

  • Unir toutes les forces de la Résistance. Il réunit 8 mouvements de Résistance, 6 partis politiques et 2 syndicats. « Avant le 27 mai, il y avait des résistances, après le 27 mai, il y eut la Résistance » Mémoire de guerre du Général de Gaulle.
  • Donner à de Gaulle la légitimité que les Etats-Unis lui contestaient. Le CNR lui apporte l’appui de la France Résistante et l’appelle à prendre la tête d’un gouvernement provisoire doté d’un programme. Ce qui permettra d’éviter l’application du plan AMGOTT, qui consistait à faire administrer les territoires libérés par un gouvernement américain. Robert Chambeiron dira : « Après le 27 mai, les Américains ne peuvent plus douter de la légitimité de de Gaulle. La France devient un pays allié à part entière et, à ce titre, sera présente lors de la capitulation des armées nazies, le 8 mai 1945. D’autre part, les Alliés doivent abandonner leur projet d’administrer eux-mêmes la France au fur et à mesure de sa libération. Et, parce qu’il y a eu le CNR et de Gaulle, la France sera, lors de la création de l’Organisation des Nations Unies, l’une des cinq grandes puissances à occuper un siège permanent au sein du Conseil de sécurité. »

Couv cnr

         

         

          Ce programme est composé de deux parties. La première organise l’action immédiate, la lutte contre l’occupant par la Résistance intérieure. Mais c’est la seconde partie qui restera le plus dans l’histoire. Cette partie est un programme empreint de rénovation sociale et économique. Cette sorte de programme de gouvernement comprend à la fois des mesures à court terme comme l'épuration mais également des mesures à beaucoup plus long terme comme le rétablissement du suffrage universel, les nationalisations, la création de la Sécurité sociale … Ces mesures représentent une grandes partie des acquis sociaux du XXème siècle.

          Ce programme fut adopté le 15 mars 1944, mais il ne fut que très peu diffusé jusqu’en août 44. Puis à partir de septembre son application devient la priorité du C.N.R. jusqu’en 1947. Durant cette période le gouvernement provisoire prendra une série d’ordonnances allant dans le sens des mesures préconisées par le C.N.R. Puis à la suite des élections il deviendra le programme du Général de Gaulle. Mais aujourd’hui encore des coups lui seront portés petit à petit de tous les côtés et cela jusqu’à aujourd’hui.

           Pourtant ce programme est empreint de valeurs essentielles pour notre société, et nous nous devons de faire partager ses valeurs tout en nous tournant vers l’avenir. Patriotisme, humanisme, idéaux démocratiques et aspiration à un monde plus juste et en paix furent les valeurs inspiratrices du programme du Conseil National de la Résistance, ne les laissons pas tomber dans l’oubli.

 

 

Témoignage d'un Résistant jurassien, Roger Pernot: 

       En avril 1944, la propagande de la Résistance jurassienne s’enrichit d’un périodique de tendance socialiste : LA LIBRE COMTÉ, dont la publication est due à l’initiative d’André Panouillot, instituteur à Plainoiseau et qui compte parmi ses rédacteurs, lui-même, sous le pseudonyme de Récamier, Roger Mermet (Requin) et Georges Briche (Baudin).
       Dans son numéro de mai 1944, Baudin aborde l’important problème de l’action ouvrière : « Camarades ouvriers, l’heure approche où, de nouveau, le prolétariat retrouve la liberté, où sa voix pourra se faire entendre …. ». C’est donc tout naturellement qu’il publie, sous le titre : Mesures à appliquer dès la libération du territoire, le contenu in-extenso du programme du Conseil National de la Résistance.
       Ce texte a eu à l’époque et conserve encore de nos jours, une portée considérable. Malgré « la guerre froide » et les diverses évolutions politiques qui ont suivi, il reste la base doctrinale essentielle de la République Française rétablie dans sa devise : Liberté, Égalité, Fraternité, tant au plan des institutions (élaboration de la Constitution) que dans les domaines de la production (démocratisation de l’économie, nationalisations, délégués d’entreprise), de la consommation (pouvoir d’achat), de la sécurité sociale et de la « retraite des vieux travailleurs » (toutes deux nées à cette époque), de la démocratisation de l’enseignement. La liste est longue. En ce début de XXIe siècle, la société française vit encore sur cet héritage unique au monde. L’essentiel du contenu est toujours là, bien que des remises en cause de plus en plus nombreuses et profondes se produisent en ces temps. Quand je vais à la pharmacie et que l’un de mes médicaments n’est plus remboursé, l’ancien combattant de 1944 que je suis éprouve une profonde frustration qu’il exprime devant le pharmacien, certes beaucoup plus jeune, mais qui approuve mes paroles d’humeur.