Rassemblement pacifiste à Poligny

Le 25 septembre 2010  Place des Déportés

       Ce rassemblement initié par SOS Racisme du Jura suite à des actes à caractère raciste perpétrés ces derniers mois et à des messages martelés en public par de très jeunes skinheads fascistes s’est déroulé le 25 septembre 2010 Place des Déportés à Poligny en présence de SOS Racisme , la Licra, le Mrap, la Ligue des Droits de l’Homme, d’élus et de la population.

       Dés le mardi 21 septembre  lors de la conférence de presse regroupant les associations  un homme avait tenu à être là : Jean Machuron ancien résistant et co-président du Comité Anacr de Lons-le-Saunier. Jean a calmement expliqué que l’idéologie prônée par ces individus ne pouvait être tolérée au jour d’aujourd’hui.

       Samedi 25 septembre quelques 500 personnes se sont rassemblées Place des Déportés pour dire pacifiquement l’inacceptable des violences  perpétrées par ce groupe de jeunes qui a prôné des thèses extrémistes.

      Ce rassemblement était encadré par un escadron de CRS pour éviter la confrontation entre les militants pacifistes et une trentaine de jeunes d’extrême  droite qui avait l’intention d’en découdre. La tension était palpable mais le rassemblement a pu avoir lieu dans le calme.

       Au nom de notre association Jean-Claude Herbillon co-président départemental a pris la parole. (Intégralité de son discours ci-dessous)

Rappel des faits:

       Les agressions, provocations, tags, propos ignobles sur un site internet se sont déroulés entre mars 2010 et septembre 2010. Les violences les plus graves datent du 14 juillet 2010 : en l’occurrence il s’agit d’une agression à caractère raciste ayant occasionné une hospitalisation.

Deux personnes ont été arrêtées  et ont comparu  devant le tribunal correctionnel de Dole le 5 octobre 2010 et ont été condamnées le 9 novembre à

2 ans de prison dont 10 mois avec sursis (14 mois ferme) mise à l’épreuve pendant 2 ans, indemnisation de la victime, interdiction de débit de boissons et interdiction de détention d’armes pour l’un et 18 mois de prison dont 10 mois de sursis(8mois ferme) et les mêmes obligations qu’à son ami pour l’autre.

 

 

En conclusion et à la réflexion de chacun, les paroles du Président du Tribunal Correctionnel de Dole le 5 octobre

« on ne leur reproche pas leurs idées mais leurs actes »

 

 

DISCOURS de Jean-Claude HERBILLON

 

 

J’interviens aujourd’hui au nom de l’Association Nationale des Anciens Combattants et Amis-es de la Résistance,

au nom des résistants

des résistants déportés,

au nom des torturés, des fusillés, des non-rentrés des camps,

au nom de ceux qui il y a 70 ans surent dire non

au nom des valeurs de la Résistance explicitées dans le programme du Conseil National de la Résistance créé par Jean Moulin lors d’une réunion clandestine à Paris le 27 mai 1943.

 

 

Valeurs de la Résistance Valeurs de la République

 

Ce mot d’ordre était inscrit il y a 8 ans au fronton du congrès national que l’anacr tenait à Nevers du 25 au 27 octobre 2002. Il traduisait une réalité historique : les références à la révolution française, à la république et à leurs valeurs furent une constante de la Résistance. Combien de compagnies FFI/FTP s’appelèrent-elles Bara, Marceau, Kléber, Marat, Danton, Robespierre, La Marseillaise. Un important mouvement de Résistance s’appela Valmy, des journaux clandestins reprirent des tîtres de journaux de l’époque révolutionnaire tel à Lyon le Père Duchesne. Ce mot d’ordre traduisait aussi la fidélité de la Résistance et des Résistants à la République et à la démocratie que le 10 juillet 1940, obtenant les pleins pouvoirs d’un parlement à l’effectif incomplet et sous la menace, Pétain avait assassinées en instaurant le régime de l’état français dont il s’autoproclama le chef. Les valeurs de la République que synthétise magnifiquement sa devise Liberté Egalité et Fraternité furent l’âme et le sens du combat de résistants pendant près de 4 années alors même que ces valeurs étaient bafouées par l’occupant et ses complices.

Après avoir adopté le 26 août 1789 la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen proclamant que « tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit » l’assemblée constituante accorde en avril 1790 la nationalité française aux étrangers demeurant en France depuis 5 ans et disposant de quelque avoir.

La constitution de 1791 accorde la nationalité française à un étranger à la seule condition qu’il fixe son domicile en France et prête le serment civique.

La constitution de l’an 1 de la République1793 précisera dans son article 4 que « tout homme né et domicilié en France âgé de 21 ans accomplis tout étranger âgé de 21 ans accomplis qui domicilié en France depuis une année y vit de son travail ou acquiert une propriété ou épouse une française ou adopte un enfant ou nourrit un vieillard tout étranger enfin qui sera jugé par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité est admis à l’exercice des droits de citoyen français » et dans son article 20 elle précise que notre pays « donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté et qu’il le refuse aux tyrans . Un message qui fera de la France aux yeux du monde la patrie des droits de l’homme au rayonnement universel.

Tout au long du 19ième siècle nombre de ceux qui se dressèrent contre la tyrannie et l’oppression nationale et qui pour cela furent persécutés se réfugièrent dans notre pays : démocrates allemands, patriotes hongrois, polonais ou italiens tel Garibaldi et au 20ième siècle fuyant tout à la fois la misère les persécutions raciales et le fascisme qui s’installe et s’étend sur notre continent des femmes et des hommes des familles viennent dans notre pays espérant y trouver le mieux être la sécurité la liberté. Antifascistes italiens, antinazis allemands, républicains espagnols, polonais, roumains ou hongrois fuyant les dictatures, le racisme et les pogroms antisémites trouvèrent ainsi, entre les deux guerres, asile en France au grand dam de l’extrême-droite qui fulmina alors avec des accents qui ne sont pas sans écho aujourd’hui contre les métèques accusés d’accroître le chômage, d’être des criminels en puissance, des porteurs de maladie. Les immigrés accueillis dans notre pays parfois même dans des conditions indignes tels les républicains espagnols parqués dans des camps lui en furent reconnaissants quand il fut menacé par l’agression hitlérienne car nombres s’engagèrent dans son armée et quand vaincue la France sera sous le joug de l’occupant nazi et de ses complices du régime de Pétain dont les toutes premières mesures seront de s’en prendre aux juifs, aux étrangers, accusés d’être responsables des malheurs de la France ceux –ci seront nombreux aux côtés des français dans les rangs de la Résistance. Des combattants de la MOI tels les héros de l’affiche rouge aux guérilléros et aux maquisards allemands antinazis, ils seront nombreux dans les rangs des forces françaises libres tels ces républicains espagnols de la colonne Dronne de la 2ième DB qui entra dans Paris insurgé. Sans oublier ces centaines de milliers de maghrébins et africains de la 1ère armée qui participèrent à la libération de notre pays et à la victoire contre le nazisme.

Valeurs de la Résistance et valeurs de la République intimement liées par l’histoire sont antinomiques de tout racisme de toute xénophobie de toute désignation d’une communauté comme responsable en tout ou en partie des problèmes auxquels notre pays ou tout autre peut être confronté ? C’est pourquoi partageant en cela celle exprimée par des élus de toutes opinions démocratiques tant dans l’opposition que dans la majorité des intellectuels des femmes et hommes de religion de toutes confessions des militants et responsables politiques syndicaux et associatifs de simples citoyens et citoyennes nous ne pouvons que dire notre totale désapprobation de propos assimilant immigration et délinquance désignant toute une communauté à la vindicte populaire et qui remettent en cause des principes fondamentaux de la République quant à l’égalité de tous devant la loi qui nuisent au prestige de la France dans le monde.

Venant après l’affaire des tests adn celle du fichier Edwige et le débat sur l’identité nationale ils contribuent à estomper la frontière claire et infranchissable qui doit exister entre les opinions démocratiques de toutes tendances et celles qui trouvent leur inspiration tant dans les idéologies fascistes que dans celle du pétainisme. Il ya nécessité du passage de la mémoire de ce à quoi on conduit les discours d’exclusion tenus il y a3/4 de siècle de ce qu’a été la réalité du fascisme au pouvoir du sens du combat antifasciste et de la Résistance.

Nous sommes réunis aujourd’hui à Poligny pour des faits graves qui relèvent sans aucun doute de la justice de notre pays qui nous conforte à l’anacr du bien fondé d’aller encore et encore aux devants de la jeunesse pour transmettre les valeurs de la Résistance et du CNR en particulier.

C’est pourquoi une fois de plus Raymond Aubrac sera parmi nous la semaine prochaine.

C’est pourquoi l’anacr pourra participer à toutes les entreprises de pédagogie, d’éducation et de médiations qui se mettront en place dans le cadre entier de la devise de la République

Liberté Egalité Fraternité

Je vous remercie

 

 

Nb : le texte de cette intervention est tiré d’un éditorial du journal de l’anacr « le journal de la Résistance » de mai juin 2010